Violences du 17 octobre : Emmanuel Grégoire dénonce un « pourrissement » organisé par le gouvernement

Paris Mayor Slams Government Over Protest "Rot"

Le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, a accusé lundi 19 octobre le gouvernement d’organiser « une forme de pourrissement de ce mouvement social », au lendemain de violences et de pillages qui ont secoué la capitale et plusieurs villes de France lors de la mobilisation du 17 octobre. Invité sur France Inter aux côtés de Benoît Payan, le maire de Marseille, l’élu socialiste a réclamé des « explications » sur la gestion du maintien de l’ordre et sur les choix politiques de l’exécutif.

Des demandes d’explications sur le maintien de l’ordre

Deux jours après la manifestation, Emmanuel Grégoire estime que le temps est à la clarification. « On est surtout dans le temps des demandes, des explications », a-t-il déclaré, jugeant nécessaire de « comprendre ce qu’il s’est passé, ce qui a dysfonctionné sur le plan de l’ordre public ».

Le maire de Paris pointe notamment une possible sous-estimation du nombre de casseurs et s’interroge sur les effectifs des forces de l’ordre déployés sur le terrain. Il critique également les tactiques de maintien de l’ordre, dénonçant les « nasses empêchant les manifestants de bonne foi par milliers de venir sur place avec des casseurs infiltrés aux abords de la manifestation ».

Benoît Payan fustige une « doctrine inefficace »

À Marseille, le maire Benoît Payan a surenchéri en qualifiant d’« inefficace » la doctrine du maintien de l’ordre du gouvernement. Après l’invasion de la mairie de Marseille par des manifestants samedi, l’élu attend des réponses du ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, qu’il doit rencontrer lundi.

Ce dernier a reconnu plus tôt sur France Inter un « manque d’anticipation » et « une perte de contrôle ». Il a présenté la veille sa démission au président Emmanuel Macron, qui l’a refusée. Benoît Payan souhaite « comprendre la doctrine d’emploi des forces de l’ordre et du maintien de l’ordre dans ce pays ». « Cette doctrine d’emploi a changé. Elle est aujourd’hui inefficace. On le voit, elle empêche des manifestations de passer », critique-t-il.

Le maire de Marseille met également en doute le chiffre des 30 000 casseurs dans sa ville avancé par la préfecture de police des Bouches-du-Rhône. « Je ne sais pas à quoi joue la préfecture », lance-t-il, jugeant ce chiffre « ridicule » : « 30 000, c’est la moitié du stade Vélodrome. » Selon lui, « des policiers et des gradés de la préfecture eux parlent de 1 500 ».

Des pillages qui se poursuivent à Paris comme à Marseille

À Paris, « au moins une trentaine de commerçants » ont été pillés dans la nuit de dimanche à lundi, rapporte Emmanuel Grégoire, qui affirme avoir passé la nuit sur le terrain. « Ça n’a pas l’ampleur de samedi, mais [il y a eu] des scènes insupportables de groupes de pilleurs qui se sont répartis dans plusieurs quartiers de la ville », dénonce-t-il. Il rapporte également des intrusions dans des halls d’immeubles pour commettre des « vols d’opportunité » ou accéder aux toits afin de jeter des projectiles sur les policiers.

Contrairement à samedi, les auteurs de ces violences n’étaient pas dissimulés parmi les manifestants. « Là, ils agissent à découvert. Soyons sérieux, il n’y avait pas de manifs, il y avait juste des casseurs », s’indigne le maire de Paris. La police a procédé à 351 interpellations dimanche et dans la nuit dans la capitale, selon le ministre de l’Intérieur.

Le manque de moyens policiers en question

Emmanuel Grégoire s’interroge sur les moyens déployés face à ces violences. « Il n’y a pas assez de forces de sécurité publique dans nos villes », alerte-t-il. « Dès qu’on a une situation qui dérape, la police se retrouve totalement submergée, débordée. Et ça, c’est incompréhensible. » Le maire de Paris a demandé un rendez-vous à Laurent Nuñez ainsi qu’au Premier ministre Sébastien Lecornu.

Quant aux mesures d’interdiction de manifestations demandées par Emmanuel Macron aux préfets, Emmanuel Grégoire ironise : « C’est à la disposition de n’importe quel préfet depuis très longtemps… J’oserais dire que depuis 2000 ans on peut interdire des manifestations. Ça n’a rien de nouveau, et en plus ça n’a rien d’efficace. »

« On ne peut pas accepter que ce débat soit juste un débat d’ordre public »

Le maire de Paris refuse pour autant de limiter les discussions aux seules questions de sécurité. « On ne peut pas accepter que ce débat soit juste un débat d’ordre public », insiste-t-il. « S’il y a des casseurs, c’est qu’il y a des mouvements sociaux », ajoute-t-il, réitérant ses accusations contre le gouvernement.

De son côté, Benoît Payan réclame « une indemnisation au centime près » pour les dégradations. « Dans cette République, il appartient à l’État de garantir la tranquillité publique et l’ordre. Il faut maintenant que l’État prenne ses responsabilités pour que ça ne se reproduise pas », plaide le maire de Marseille, qui entend évoquer la situation des commerçants saccagés avec le ministre de l’Intérieur.

Les deux maires socialistes convergent ainsi sur un même constat : au-delà des violences elles-mêmes, c’est la doctrine et les moyens du maintien de l’ordre, ainsi que la gestion politique du mouvement social, qui sont désormais au cœur des critiques.

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