Le tribunal de commerce d’Orléans a tranché. Ce mercredi 14 octobre, la justice a validé le projet de reprise de la verrerie Duralex porté par l’entrepreneur Cédric Meston, mettant fin à des semaines d’incertitude pour les salariés de l’emblématique site de La Chapelle-Saint-Mesmin, dans le Loiret.
« C’est gagné ! Nous sommes les nouveaux propriétaires de Duralex », s’est félicité Cédric Meston à l’issue de la décision judiciaire, annoncée à 14 heures, deux jours seulement après la dernière audience. L’entrepreneur reprend l’entreprise via sa holding Tomé, poursuivant ainsi son stratégie de rachat de sociétés en difficulté.
Un repreneur spécialiste des entreprises en crise
Âgé d’une trentaine d’années, Cédric Meston n’en est pas à son premier coup d’essai. Ancien consultant du cabinet McKinsey, il s’est spécialisé dans la reprise d’entreprises en difficulté. Il avait notamment réussi à sortir Tupperware France de sa procédure de sauvegarde après avoir racheté la filiale française fin 2025.
Le trentenaire est également cofondateur de la start-up HappyVore, qui commercialise des substituts végétaux à la viande. Un profil éclectique qui témoigne de sa capacité à intervenir sur des marchés très différents.
« C’est une vraie responsabilité, on fera tout pour être à la hauteur et que la société soit pérenne », a souligné l’entrepreneur au sujet de sa nouvelle acquisition. Le milliardaire Xavier Niel, via sa holding NJJ Capital, est également associé au projet de reprise, apportant une caution financière supplémentaire à l’opération.
155 emplois sauvegardés sur 220
La décision du tribunal permet la reprise de 155 emplois en CDI sur le site historique de La Chapelle-Saint-Mesmin, soit plus de 70 % des effectifs. Le plan de financement s’élève à 16 millions d’euros, dont six millions d’euros de soutiens publics, comprenant des prêts des collectivités locales et des financements de l’État.
Deux projets avaient été soumis au tribunal de commerce. Outre celui de Cédric Meston, une offre déposée par l’industriel stéphanois Carlesimo, d’un niveau financier équivalent, proposait de reprendre 129 salariés. C’est finalement la proposition offrant la meilleure préservation de l’emploi qui a été retenue.
« On va voir comment ça va se passer. On attend de voir la suite, on ne veut pas se faire de faux espoirs », a réagi Philippe Dos Anjos, technicien de maintenance comptant 24 ans d’ancienneté dans l’entreprise. Un mélange de soulagement et de prudence qui traduit les espoirs déçus des précédentes tentatives de sauvetage.
Un repositionnement stratégique et écologique
Cédric Meston envisage un redimensionnement de la production au niveau des ventes et un repositionnement vers de nouvelles gammes, « pour mieux répondre aux nouvelles attentes des consommateurs ». La holding Tomé affiche une ambition forte : faire de Duralex « le verre le plus vert au monde ».
Le plan prévoit la conversion du four, actuellement alimenté au gaz, vers une technologie 100 % électrique à l’horizon 2029. Cette transformation supprimera l’essentiel des émissions de CO2 du site. La décarbonation constitue un enjeu majeur pour l’entreprise, où la consommation d’énergie pèse aujourd’hui près de 20 % du chiffre d’affaires.
Silham El Kasmi devient par ailleurs la nouvelle directrice générale de Duralex. Elle a passé 23 ans chez Saint-Gobain avant de rejoindre le groupe Saur, apportant une solide expérience dans le secteur industriel.
La fin de l’aventure coopérative
Cette décision marque également la fin du projet de Société coopérative et participative (Scop) porté par les salariés. Moins de deux ans après sa reprise par les employés réunis en coopérative, l’expérience s’est soldée par un échec. Très populaire, la marque avait pourtant récolté sept millions d’euros auprès des particuliers lors d’une levée de fonds organisée fin 2025, une somme qui n’aura pas suffi à assurer sa pérennité.
L’entreprise était plongée dans l’incertitude depuis son placement en redressement judiciaire le 1er juin, pour la cinquième fois en une vingtaine d’années. Une instabilité chronique qui illustre les difficultés structurelles du secteur verrier français, confronté à une concurrence internationale intense et à des coûts énergétiques élevés.
Une enquête judiciaire en cours
Parallèlement à cette procédure de reprise, la société fait l’objet d’une enquête du parquet d’Orléans. Des « opérations judiciaires » ont été menées le 3 septembre, notamment des perquisitions, dont certaines au siège de la verrerie à La Chapelle-Saint-Mesmin.
L’ancien directeur général de la verrerie, François Marciano, figure emblématique de la reprise en Scop, ainsi que son fils Antoine, qu’il avait nommé directeur financier, pourraient être visés par la procédure. Leur avocat, Me Pierre Lalanne, a affirmé que ses clients « démentent toute implication dans d’éventuelles malversations ».
Le ministre délégué chargé de l’Industrie, Sébastien Martin, a salué « une nouvelle page de l’histoire de cette entreprise emblématique de notre savoir-faire industriel ». Il s’est engagé à rester « attentif à l’accompagnement des salariés qui ne seront pas conservés, pour favoriser leur retour à l’emploi ». Le ministre se rendra à l’usine vendredi.
Un avenir à reconstruire
Fondée en 1945, Duralex s’est imposée comme une marque iconique du patrimoine industriel français, célèbre pour ses verres réputés incassables présents dans les cantines scolaires et les foyers du monde entier. La reprise par Cédric Meston ouvre une nouvelle chapter pour l’entreprise, qui devra désormais concilier compétitivité économique, transition écologique et préservation de son identité.
Le défi reste considérable : redresser une entreprise fragilisée par des années de difficultés, moderniser un outil de production énergivore et reconquérir des parts de marché dans un secteur hautement concurrentiel. Les 155 salariés dont l’emploi est préservé attendent désormais des actes concrets pour croire à nouveau en l’avenir de leur entreprise.


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