Affectation erronée d’une professeure de mathématiques en lettres modernes : la bourde du plan « 3 000 remplaçants »

French Teacher Assigned to Wrong Subject

Quelques jours après avoir annoncé le déploiement de 3 000 professeurs remplaçants dans les lycées en difficulté, en réponse à la colère lycéenne, le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a été interpellé ce mardi 13 octobre sur le cas d’Agathe, une professeure remplaçante de mathématiques qui affirme avoir été affectée à un poste de lettres modernes.

Interrogé sur France Inter dans la matinée, le ministre a d’abord lancé avec un rire : « Je demande à voir ». Puis il a assuré qu’il allait vérifier cette situation, qui lui paraissait « improbable ». Quelques heures plus tard, au JT de France 2, le ton a changé. Édouard Geffray a plaidé « une erreur technique » sans donner plus de détails. « On n’a jamais demandé à un professeur d’enseigner autre chose que sa discipline », a-t-il assuré ensuite.

Une nomination découverte par mail

Pourtant, Agathe affirme bien avoir reçu un arrêté de nomination pour enseigner les lettres modernes dans un lycée, alors qu’elle est professeure de mathématiques titulaire en zone de remplacement (TZR). Une affectation qu’elle a découverte par mail, au lendemain de l’annonce ministérielle des 3 000 remplaçants, a-t-elle raconté à France Info.

« Je ne suis pas du tout formée pour leur présenter des textes, faire des commentaires, ou que sais-je, dessus », souligne l’enseignante francilienne, qui est censée prendre ses fonctions le 1er novembre, à temps plein, jusqu’à l’été 2027.

Elle rappelle en outre qu’au lycée, les élèves préparent le baccalauréat de français. « Je ne sais même pas quels sont les textes en vigueur pour le bac », s’indigne-t-elle, « Proust, Émile Zola, j’imagine… ». Une difficulté qui ne semble pas avoir été anticipée dans son arrêté de nomination.

Une distance géographique problématique

Et le problème ne s’arrête pas là : le lycée dans lequel elle est affectée se situe dans un autre département que sa zone de remplacement, à 50 kilomètres de son établissement de rattachement. « On est des pions qu’ils placent où ils veulent, quand ils veulent », dénonce-t-elle. « Ils placent des professeurs qui ne sont pas formés, pour pouvoir dire « on a remplacé les profs, c’est bon, vous pouvez arrêter vos manifestations » ».

Un déploiement massif aux modalités contestées

Selon le ministère de l’Éducation nationale, plus d’une centaine de contractuels ont déjà été recrutés, et 1 000 professeurs remplaçants ont reçu leur affectation dans un lycée. Un déploiement massif, censé répondre à l’urgence, dont le cas d’Agathe vient toutefois interroger les modalités.

Sur France 2, le ministre a précisé que cette mobilisation ne sert pas seulement à remplacer des enseignants absents : certains professeurs peuvent aussi intervenir en renfort, pour aider les élèves en difficulté. De quoi rattraper les nombreuses heures de cours perdues ces dernières semaines en raison des blocages de lycées, selon le ministre. « C’est tout aussi utile que de remplacer les professeurs absents », a-t-il estimé. Ce mardi, plusieurs dizaines de lycées ont à nouveau fait l’objet de blocages.

Les syndicats sceptiques face aux promesses ministérielles

La promesse d’Édouard Geffray sur les « 3 000 remplaçants » fait grincer des dents chez les professeurs. Les organisations syndicales dénoncent depuis plusieurs jours un plan précipité, qui risque de dégrader les conditions d’enseignement plutôt que de les améliorer. Le cas d’Agathe, s’il est confirmé, viendrait illustrer leurs craintes : celle d’une gestion administrative déconnectée des réalités pédagogiques.

Pour les enseignants mobilisés, cette situation révèle un problème plus profond : la tentation de combler les absences à tout prix, sans garantie de compétence disciplinaire ni de continuité pédagogique pour les élèves. La question de la formation des remplaçants, de leur affectation et de leur accompagnement reste, pour l’heure, sans réponse claire de la part du ministère.

Le cas d’Agathe met en lumière les failles d’un dispositif annoncé en urgence pour répondre à la crise lycéenne. Entre erreur technique revendiquée par le ministre et réalité du terrain décrite par l’enseignante, l’affaire illustre la difficulté de concilier rapidité d’action et rigueur pédagogique. Une chose est sûre : la promesse des 3 000 remplaçants devra faire ses preuves sur le terrain, discipline par discipline.

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