En Ariège, les élèves des trois lycées de Saint-Girons dénoncent autant les conditions matérielles que le rythme scolaire et, surtout, le désintérêt des institutions à leur égard. Une nouvelle semaine de mobilisation s’ouvre, avec une journée de manifestation prévue mardi 13 octobre.
Les actions des lycéens dans les grandes villes sont largement relayées par les médias nationaux. Mais en milieu rural, les élèves portent des revendications spécifiques, souvent invisibles dans le débat public. À Saint-Girons, sous-préfecture de l’Ariège située en zone de montagne, les lycéens se disent exclus du système éducatif et institutionnel.
Un sentiment d’abandon loin des centres de décision
Ils se sentent loin des centres de décision, qu’il s’agisse de Paris ou de Toulouse. Lili et Julie, en terminale professionnelle, expliquent qu’il est très difficile d’être entendues depuis les montagnes du Couserans. « Je pense qu’on ne nous écoute tout simplement pas dans les zones rurales. Nous, on est très reculés, on est en Ariège profonde », regrette l’une d’elles.
« On est beaucoup moins nombreux donc automatiquement on fait moins de bruit que dans les grandes villes. C’est tellement le bordel qu’ils ont peut-être un peu plus de chance d’être écoutés », ajoute l’autre, lucide sur le rapport de force défavorable aux territoires ruraux.
Les conditions matérielles sont au cœur des préoccupations. « On demande de nous allumer le chauffage plus souvent, on a toujours froid. Les douches, c’est catastrophique, on attend des portes de douches depuis cinq ans », raconte l’une des lycéennes. Un délabrement qui nourrit un sentiment d’abandon profond.
« On est tout le temps mis de côté, donc on essaye de faire le plus de bruit possible, de se faire entendre d’une manière légale ou pas, tant que c’est légitime, nous, ça nous va », confie une lycéenne de Saint-Girons.
Des transports scolaires qui épuisent les élèves
Les jeunes manifestants ont des revendications bien spécifiques aux zones de montagne. Timéo, élève de seconde, se plaint d’un rythme scolaire infernal à cause des transports pour venir au lycée. Il faudrait, selon lui, tenir compte de cette contrainte dans les emplois du temps.
« C’est très problématique, surtout quand on vient de loin et qu’il n’y a pas de lycée aux alentours. Ce sont des routes très dangereuses », explique-t-il. « Ça arrive qu’on fasse du 6h15 le matin à 18h30 le soir. Le cerveau n’arrive plus à suivre. »
Saint-Girons se trouve à une heure et demie de route de Toulouse. Un éloignement qui pèse sur le quotidien des élèves et complique leur orientation. Aaron, en première, estime que le milieu rural n’est pas du tout une priorité pour l’État et la région Occitanie.
« On est moins représenté au niveau des institutions », remarque-t-il. « On peut avoir des manquements au niveau des manuels par exemple. Et l’État, on va dire que quand ils font des réformes, c’est beaucoup plus axé sur les milieux urbains que sur les milieux ruraux. »
Le soutien des élus locaux
Dans la vallée, le maire du tout petit village de Biert, Gilbert Lazaroo, soutient les lycéens. « Ce que ces jeunes ressentent, c’est que dès qu’il y a la moindre difficulté, ils se sentent encore beaucoup plus rejetés. C’est pour ça qu’il faut les soutenir », assure-t-il.
Dans cette zone de montagne reculée, plus qu’ailleurs, les lycéens réclament la suppression de Parcoursup. Avec l’éloignement, les choix d’orientation sont beaucoup plus compliqués, en particulier pour les élèves les plus modestes.
« C’est plus compliqué parce que déjà les jeunes font leurs choix sur Toulouse », confirme Marie Nivet, enseignante et membre du syndicat SNES-FSU. « Ils sont mis en concurrence avec tous les lycées toulousains. Si on n’est pas pris sur Toulouse, il faut faire des demandes sur Bordeaux ou Montpellier et même beaucoup plus loin. Et cela pose de grosses difficultés financières pour les gamins. »
Les lycéens de Saint-Girons disent vouloir poursuivre la mobilisation cette semaine, pour défendre leurs conditions d’études en Ariège. Un mouvement qui illustre la fracture territoriale persistante entre les grandes métropoles et les zones rurales, où les élèves estiment que leur voix ne porte pas jusqu’aux oreilles des décideurs.
Une mobilisation qui révèle des fractures profondes
Au-delà des revendications matérielles immédiates, la mobilisation des lycéens de Saint-Girons met en lumière un malaise plus profond : celui d’une jeunesse rurale qui se sent délaissée par les politiques publiques. Entre des infrastructures dégradées, des temps de trajet démesurés et un système d’orientation inadapté à leur réalité, ces élèves réclament avant tout d’être considérés comme des citoyens à part entière.
Alors que les manifestations dans les grandes villes occupent le devant de la scène médiatique, les lycéens ariégeois rappellent une réalité simple : la mobilisation n’est pas uniquement urbaine, et les revendications des territoires ruraux méritent la même attention. Leur détermination à poursuivre le mouvement cette semaine témoigne d’une volonté de briser le silence qui entoure trop souvent les difficultés des élèves en zone de montagne.


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