L’Arabie saoudite est sous tension. Les Houthis pro-iraniens du Yémen ont renouvelé, dimanche 11 octobre, leur menace de frapper les aéroports et l’espace aérien saoudien, au lendemain d’une attaque contre l’aéroport de Ryad qui a fait 12 morts, la plus meurtrière en dix ans dans le royaume.
Une escalade sans précédent depuis 2014
L’ampleur et la fréquence des attaques visant Ryad ces derniers jours sont inédites depuis 2014 et le début de la guerre au Yémen opposant les Houthis aux forces gouvernementales yéménites, qui avaient reçu le soutien militaire d’une coalition conduite par l’Arabie saoudite un an plus tard.
Sans revendiquer la frappe de samedi, les Houthis ont renouvelé dimanche leur avertissement aux voyageurs, employés et compagnies aériennes de ne pas utiliser l’espace aérien saoudien et les aéroports, « à l’exception » de ceux des villes saintes de La Mecque et Médine. Ils « sont exposés aux frappes et constituent un théâtre d’opérations de la part de nos forces », a affirmé sur X Yahya Saree, leur porte-parole militaire.
Les combattants pro-iraniens avaient déjà revendiqué mercredi et jeudi des frappes contre l’aéroport de Ryad, ayant fait au total six morts. La coalition militaire menée par le royaume leur a imputé la frappe de samedi, dénonçant « un crime de guerre » auquel elle répondra « avec fermeté ». Une source diplomatique l’a également attribuée à un missile houthi.
Un bilan humain qui pourrait s’alourdir
Cette attaque est la plus meurtrière dans le royaume depuis août 2015, quand un attentat suicide du groupe jihadiste État islamique (EI) avait fait 15 morts dans une mosquée au QG des forces spéciales à Abha, dans le sud du royaume. L’autorité de l’aviation civile saoudienne a recensé 12 personnes tuées et 309 blessées samedi à l’aéroport international King Khalid, mais le bilan pourrait être plus lourd, incluant notamment d’autres blessés légers, a indiqué à l’AFP un diplomate occidental basé à Ryad.
« Quatre ressortissants saoudiens, deux Bangladais, un Américain, un Égyptien, un Argentin, un Syrien, un Palestinien et un Soudanais » figurent parmi les morts, a précisé l’aviation civile. « J’ai vu des blessés. Tout le monde courait », a relaté à l’AFP un passager qui attendait un vol tout près du terminal touché.
Les condamnations internationales ont afflué. « Ce qui s’est passé en Arabie saoudite n’est pas acceptable », a réagi Donald Trump samedi soir, indiquant qu’il allait examiner une possible participation américaine aux opérations militaires contre les Houthis, et allait s’entretenir avec le prince héritier Mohammed ben Salmane, dirigeant de facto du royaume.
Dans la soirée de samedi, la coalition a aussi rapporté la chute d’un projectile près de l’aéroport de Dammam, dans l’est du royaume.
L’aéroport de Ryad paralysé
Après l’annonce de sa fermeture samedi soir, l’aéroport de la capitale saoudienne restera à l’arrêt dimanche, ont confirmé deux sources du secteur aérien à l’AFP. « Les opérations sont suspendues jusqu’à nouvel ordre », a déclaré une de ces sources, précisant que « certains systèmes ont été endommagés — le radar et les équipements de communication » et que l’état des pistes de l’aéroport devait également être évalué.
Plusieurs ambassades étrangères ont recommandé à leurs employés de l’éviter pendant une semaine, a indiqué un diplomate occidental à l’AFP. Les fonctionnaires américains en Arabie saoudite devront désormais demander une autorisation pour accéder aux aéroports alternatifs de Dammam et Jeddah, une mesure déjà en vigueur pour celui de Ryad, a annoncé dimanche l’ambassade américaine.
Ces frappes surviennent alors que le royaume doit accueillir ce mois-ci une série de grandes conférences, dont celle annuelle sur l’investissement, qui attire dirigeants étrangers et figures majeures du monde des affaires.
Réactions internationales et situation au Yémen
Dans la capitale, l’attaque de samedi a provoqué un rare appel d’urgence aux médecins de se rendre dans les hôpitaux, et le ministère de l’Éducation saoudien a ordonné que les écoles de Ryad enseignent en distanciel pour une semaine. L’ONU, Londres, Berlin, Bagdad et Islamabad ont condamné l’attaque de l’aéroport, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, y voyant une « escalade dangereuse ».
Sur le terrain yéménite, les hostilités se poursuivent après l’offensive éclair lancée en septembre par les Houthis, qui ont pris le contrôle sur la mer Rouge du détroit stratégique de Bab el-Mandeb, déclenchant une contre-offensive gouvernementale. Des sources militaires du camp gouvernemental ont indiqué samedi à l’AFP que les forces yéménites avaient progressé autour du détroit, sans parvenir à le sécuriser.
Selon ces sources et un responsable houthi, les combattants antigouvernementaux tiennent toujours l’île de Mayyoun, au cœur du passage maritime qui a gagné en importance depuis que Téhéran restreint la navigation dans celui d’Ormuz, de l’autre côté de la péninsule arabique. La chaîne Al Masirah, liée aux Houthis, a par ailleurs rapporté dimanche deux frappes saoudiennes sur le gouvernorat de la capitale, Sanaa, tenue par le mouvement.
Ce qu’il faut retenir
L’attaque contre l’aéroport international King Khalid de Ryad, la plus meurtrière en dix ans en Arabie saoudite, marque une escalade majeure dans le conflit yéménite. Les Houthis, qui n’ont pas revendiqué cette frappe mais en ont mené d’autres ces derniers jours, étendent désormais leurs menaces à l’ensemble des aéroports saoudiens, à l’exception de ceux des villes saintes. Alors que l’aéroport de la capitale reste paralysé et que le bilan humain pourrait s’alourdir, la communauté internationale multiplie les condamnations face à une situation qui menace de déstabiliser davantage la région.


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