Lycées : la « démocratie interne » de Lecornu passe mal auprès des proviseurs et enseignants

French Principals Reject Lecornu's Democracy Plan

L’annonce de Sébastien Lecornu prévoyant la suspension des cours durant une demi-journée dans les lycées pour organiser « un temps de démocratie interne » suscite une vive incompréhension parmi les personnels de l’éducation. Les proviseurs, en première ligne pour mettre en œuvre cette mesure, dénoncent une décision « hors sol » et mal préparée, alors que les établissements sortent de plusieurs jours de mobilisation lycéenne.

Une annonce jugée « maladroite » par les chefs d’établissement

Pour Nicolas Bonnet, secrétaire national du Syndicat national des personnels de direction de l’Éducation nationale (SNPDEN-Unsa), les proviseurs vont « avoir beaucoup de mal à mettre en œuvre ce qui a été annoncé maladroitement par le Premier ministre ». Interrogé sur franceinfo mercredi 7 octobre, le responsable du premier syndicat de chefs d’établissement a rappelé qu’« dans l’éducation nationale, il ne suffit pas d’appuyer sur un bouton pour que cela fonctionne ». Il souligne qu’un tel temps d’échange exige « de la préparation ».

Son syndicat « ne va pas organiser ces temps de démocratie interne ni aujourd’hui, ni demain, ni après-demain, mais quand les conditions de sécurité seront réunies ». « Chaque collègue, en fonction de la situation de son établissement, décidera à quel moment il l’organise. Il faut le faire dans un climat serein pour pouvoir débattre et écouter les jeunes », a-t-il ajouté. Proviseur du lycée Henri-Brulle à Libourne, Nicolas Bonnet cingle : « La démocratie scolaire, on la fait vivre tous les jours, donc on n’a pas besoin que le Premier ministre vienne nous dire quand et comment l’organiser ! »

« C’est assez hors sol »

Agnès Andersen, secrétaire générale du syndicat Indépendance et direction (ID-FO), partage cette indignation. « C’est assez hors sol », a-t-elle réagi auprès de l’AFP, rappelant que les proviseurs « sont épuisés, ont été exposés, ont subi de graves violences ces derniers jours. Quand est-ce que les collègues vont préparer cela ? » Pour elle, « tout ça n’est pas à la hauteur de la crise que nous traversons et irrespectueux de notre profession ». Elle estime que « le gouvernement est en train de pousser tout le monde à bout ».

Les enseignants refusent d’endosser « la responsabilité du gouvernement »

Du côté des professeurs, la demande gouvernementale, formulée « dans le plus grand désordre », passe tout aussi mal. Le Syndicat national des enseignements de second degré (Snes-FSU) affirme dans un communiqué que « les personnels n’ont pas à endosser la responsabilité du gouvernement qui se refuse de répondre aux revendications de la jeunesse ».

Le premier syndicat de professeurs de collège et lycée souligne que « les élèves ont fait le choix depuis maintenant plus d’une semaine d’initier un mouvement dont l’ampleur est aujourd’hui inégalée ». Ils « prouvent ainsi leur capacité à s’engager, à s’organiser, à exprimer des revendications mais n’ont reçu comme réponses du gouvernement que de la répression policière », fustige le Snes-FSU, qui appelle les enseignants « à ne pas participer à ces réunions ou à les transformer en AG ».

Le ministère prône une reprise « en deux temps »

Dans un courrier adressé mardi aux recteurs, le ministre de l’Éducation nationale détaille l’annonce de Sébastien Lecornu et appelle à organiser dans les prochains jours « une reprise des enseignements dans les meilleures conditions, tout en offrant aux élèves un espace pour exprimer leurs préoccupations » et leurs « attentes ».

Dans les établissements les plus perturbés, Édouard Geffray demande de privilégier une reprise « progressive » des cours, « en commençant par les classes de terminale ». « La première demi-journée pourra être banalisée, en adaptant son organisation aux configurations et aux contraintes locales, notamment en matière de transport scolaire ou d’internat », écrit-il.

Le ministre propose une reprise en « deux temps » : un premier « destiné aux équipes de direction et aux personnels, afin de leur permettre de se retrouver » et de « préparer collectivement » la suite, et un second consacré à « l’échange avec les élèves ». Le ministère veut ainsi « réaffirmer auprès des élèves l’importance de la représentation démocratique », les inviter « à porter leurs propositions dans les espaces de dialogue du lycée » et « à participer à la consultation nationale » ouverte en ligne jusqu’au 23 octobre.

528 lycées encore perturbés

Selon des chiffres provisoires du ministère de l’Éducation nationale mercredi 7 octobre, 86 % des établissements ont ouvert leurs portes au lendemain de la journée de mobilisation dans l’Hexagone. Les cours sont en revanche totalement ou partiellement suspendus dans 528 lycées, soit une baisse de 41 % par rapport à mardi.

Une crise de confiance entre le gouvernement et le terrain

L’épisode illustre un malaise profond entre l’exécutif et les personnels de l’éducation. D’un côté, le gouvernement cherche à reprendre la main après plus d’une semaine de mobilisation lycéenne d’une ampleur inédite, en proposant un cadre d’expression démocratique. De l’autre, les proviseurs et enseignants dénoncent une décision prise sans concertation, alors qu’ils doivent déjà gérer des établissements perturbés, parfois marqués par des violences.

La consigne du Snes-FSU de ne pas participer aux réunions ou de les transformer en assemblées générales laisse présager de nouvelles tensions. Les chefs d’établissement, eux, entendent organiser ces temps d’échange uniquement lorsque les conditions de sécurité seront réunies, ce qui pourrait repousser sine die la mise en œuvre de l’annonce du Premier ministre.

Cette séquence révèle l’écart entre les intentions affichées par l’exécutif et la réalité du terrain, où les personnels se disent épuisés et peu enclins à porter une réponse gouvernementale qu’ils jugent insuffisante face aux revendications des lycéens.

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