Bloqué en France depuis l’été 2026 par l’Autorité nationale des jeux (ANJ) pour activité illégale, le site américain de paris en ligne Polymarket continue de cibler le public français. Sur son compte Instagram, la plateforme utilise des images de violences en marge des mobilisations lycéennes pour faire sa promotion, se déguisant en chaîne d’information pour inciter ses utilisateurs à parier sur l’actualité brûlante.
Une stratégie marketing qui mime l’information
Sur Instagram, Polymarket adopte les codes visuels des médias traditionnels. Le compte a publié à deux reprises une série d’images débutant par un titre racoleur : « Les manifestations font rage, la France ferme 500 écoles ». Suivent des extraits de Fox News, la chaîne conservatrice américaine, donnant à l’ensemble l’apparence d’un reportage d’actualité.
Entre ces séquences, la plateforme glisse son véritable produit : des courbes de cotation, semblables à celles des marchés financiers. Plus la courbe monte, plus les parieurs croient à un événement. Une dissolution de l’Assemblée nationale d’ici fin 2026 ? 7 % de probabilités. Un départ d’Emmanuel Macron ? 5 %. La dernière image se veut explicite : « Suivez Polymarket pour les meilleures infos ».
Le procédé n’est pas anodin. En relayant les grandes informations mondiales sur ses réseaux sociaux, Polymarket se fait passer pour un média tout en poussant ses utilisateurs à miser de l’argent sur des catastrophes, des destructions ou des mouvements de colère sociale. La frontière entre information et incitation au jeu devient volontairement poreuse.
Un blocage facilement contourné
Malgré l’interdiction prononcée par l’ANJ, qui considère la plateforme comme illégale en France, l’accès à Polymarket reste d’une simplicité déconcertante. À l’aide de Tor, un navigateur qui masque la localisation de l’utilisateur, il suffit de deux clics pour se connecter au site.
La vie politique française y est omniprésente. La primaire socialiste dispose de ses propres paris. La question de savoir si Jordan Bardella quittera le Rassemblement national en a également. Les échanges s’y déroulent en français, preuve que la plateforme vise explicitement l’électorat hexagonal. Après les écrits antisémites que Mediapart attribue à une personnalité politique et que celle-ci dément, un joueur s’exclame : « Merci Mediapart, hahaha ».
Cette capacité à contourner le blocage pose question alors que l’ANJ multiplie les mises en garde contre les sites de paris non autorisés. Pour les autorités, le risque est double : protection des consommateurs, notamment les plus jeunes, et intégrité du débat démocratique.
Un modèle économique fondé sur le malheur
Le cas français n’est pas isolé. Lorsque Los Angeles était ravagée par les incendies, les utilisateurs de Polymarket pariaient sur le prochain quartier à s’embraser. Avec la guerre en Iran, 150 millions de dollars ont été misés sur la chute de l’ayatollah Khamenei. Le modèle repose sur une mécanique simple : plus l’événement est dramatique, plus les paris sont nombreux et les commissions élevées.
Derrière Polymarket se trouve un milliardaire de moins de trente ans, dont l’un des soutiens n’est autre que le fils de Donald Trump. Cette proximité avec les cercles de pouvoir américains alimente les critiques sur les conflits d’intérêts potentiels et sur l’utilisation de l’actualité géopolitique à des fins purement spéculatives.
En France, la mobilisation lycéenne constitue un terrain particulièrement sensible. Les images de violences en marge des manifestations, détournées par Polymarket, nourrissent une confusion entre information et incitation au jeu. Pour les familles et les autorités éducatives, cette récupération commerciale d’un mouvement social légitime ajoute une dimension trouble à une situation déjà tendue.
Une régulation dépassée ?
Le cas Polymarket illustre les limites des dispositifs nationaux face à des plateformes mondiales fonctionnant sur Internet. Le blocage décidé par l’ANJ, s’il constitue un signal fort, se heurte à la réalité technique : un navigateur suffit pour le contourner. Les pouvoirs publics français se retrouvent ainsi dans une position délicate, contraints de courir après des acteurs qui disposent d’avances technologiques et de moyens financiers considérables.
La question de la responsabilité des réseaux sociaux se pose également. Instagram, propriété de Meta, autorise la diffusion de contenus promotionnels pour une plateforme illégale en France. Les règles de modération, souvent critiquées pour leur opacité, peinent à appréhender ces situations hybrides où se mêlent information, divertissement et jeu d’argent.
Pour l’heure, Polymarket continue de prospérer, surfant sur l’actualité mondiale et transformant l’incertitude politique en source de profit. La colère des lycéens français, comme les catastrophes naturelles ou les conflits armés, devient une simple ligne sur une courbe de cotation.
Ce qu’il faut retenir
Polymarket, site américain de paris en ligne interdit en France depuis l’été 2026, utilise les images des mobilisations lycéennes pour promouvoir son activité sur Instagram. En se déguisant en chaîne d’information et en diffusant des extraits de Fox News, la plateforme incite ses utilisateurs à parier sur l’actualité française et internationale. Malgré le blocage de l’ANJ, l’accès reste possible via des navigateurs anonymes comme Tor. Ce cas révèle l’impuissance des régulations nationales face à des acteurs mondiaux qui transforment les crises et les mouvements sociaux en produits financiers.


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