La Grèce lie tout rapprochement UE-Royaume-Uni au retour des marbres du Parthénon

Greece Ties EU-UK Relations to Parthenon Marbles Return

Il n’y aura pas de rapprochement entre l’Union européenne et la Grande-Bretagne si la question des marbres du Parthénon n’est pas réglée. Lors d’une conférence dans la capitale grecque mardi 6 octobre, le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis a remis un coup de pression sur l’une des plus anciennes controverses du patrimoine culturel européen, un dossier qui empoisonne depuis des années les relations entre Londres et Athènes.

Une revendication vieille de plus de deux siècles

Depuis plus de deux cents ans, le British Museum conserve une partie des frises du plus célèbre monument de l’Antiquité. La Grèce soutient que les marbres du Parthénon ont été « pillés » en 1802 par Thomas Bruce, dit Lord Elgin, alors ambassadeur britannique auprès de l’Empire ottoman. La Grande-Bretagne affirme pour sa part que ces sculptures ont été « légalement acquises » par Elgin avant d’être vendues au musée londonien.

Cette divergence de lecture n’a jamais été tranchée, et elle ressurgit régulièrement au gré des négociations diplomatiques. Elle oppose deux conceptions du patrimoine : celle d’une restitution aux pays d’origine, portée par Athènes, et celle d’une collection universelle, défendue par l’institution britannique.

« Ce n’est pas seulement une question pour la Grèce »

Le Premier ministre grec, dont le pays assumera la présidence tournante de l’UE au second semestre 2027, entend remettre ce dossier au cœur des discussions avec la Grande-Bretagne. Les marbres du Parthénon « feront partie de ce débat », a estimé Kyriakos Mitsotakis. « Ce n’est pas seulement une question pour la Grèce, c’est une question pour l’Europe », a-t-il ajouté.

Le chef du gouvernement grec affirme qu’il va « intensifier » la revendication de son pays auprès du gouvernement britannique, alors que les discussions avec le British Museum, qui durent depuis des années, « n’ont pas avancé ».

Athènes propose depuis longtemps au musée britannique un accès temporaire à d’autres trésors archéologiques qui n’ont jamais quitté le pays, si celui-ci renvoie les marbres du célèbre temple de l’Acropole. « Nous pourrions offrir au British Museum un partenariat culturel unique », a rappelé Kyriakos Mitsotakis, précisant qu’il défendrait « avec beaucoup de vigueur » cette « diplomatie culturelle » auprès du nouveau Premier ministre britannique.

Londres renvoie la balle au British Museum

Andy Burnham, qui a remplacé Keir Starmer à Downing Street en juillet, a adopté en août la position de longue date du gouvernement britannique, déclarant au quotidien Financial Times que l’affaire relevait du British Museum. Les pouvoirs du musée sont limités par une loi de 1963 qui lui interdit de vendre ou de céder ses trésors. Un retour définitif des marbres du Parthénon nécessiterait donc une action parlementaire, ce qui complique singulièrement l’équation juridique.

Dans une tribune publiée le 24 septembre par le journal The Guardian, Kyriakos Mitsotakis avait utilisé l’exemple de la tapisserie de Bayeux, un prêt de la France destiné à réintégrer son pays d’origine, pour souligner par contraste le statut très différent des sculptures du Parthénon. Pour lui, les marbres doivent rejoindre le musée de l’Acropole, inauguré en 2009 et doté d’un espace dédié à leur accueil.

« La Grèce ne peut accepter aucun arrangement qui l’obligerait à reconnaître la propriété des sculptures au British Museum, ni un dispositif impliquant que nous « empruntions » des parties de notre propre monument », avait-il alors écrit.

Des négociations au point mort

Le Daily Telegraph a rapporté, également en septembre, que la partie grecque s’était retirée des pourparlers menés depuis des années, frustrée par « l’absence de progrès ». Un porte-parole du British Museum n’a pas confirmé ces informations, déclarant mercredi soir à l’AFP que l’« ouverture à un accord reste inchangée ».

Le dossier illustre la difficulté à concilier droit de propriété, héritage colonial et justice patrimoniale. Plusieurs pays, notamment en Afrique et en Asie, suivent de près cette controverse emblématique, qui pourrait faire jurisprudence dans les restitutions d’œuvres conservées dans les grands musées occidentaux.

Ce qu’il faut retenir

En conditionnant un rapprochement entre l’Union européenne et la Grande-Bretagne au règlement de la question des marbres du Parthénon, Kyriakos Mitsotakis élève un différend culturel au rang d’enjeu diplomatique majeur. Athènes, qui présidera l’UE en 2027, dispose désormais d’un levier de négociation inédit. Mais Londres renvoie la responsabilité au British Museum, dont les statuts rendent tout transfert définitif juridiquement complexe. Entre revendication morale et contrainte légale, le sort des frises du Parthénon reste, plus que jamais, suspendu à un bras de fer où le patrimoine se confond avec la politique.

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