Les Brésiliens se rendent aux urnes ce dimanche 4 octobre pour l’une des élections les plus incertaines et les plus tendues de l’histoire du pays. D’un côté, Lula, qui brigue un quatrième mandat. De l’autre, Flávio Bolsonaro, le fils de l’ancien président Jair Bolsonaro, incarcéré pour tentative de coup d’État, qui a su capitaliser sur le nom de son père pour s’imposer comme le principal adversaire. À Rio de Janeiro, les partisans des deux camps affichent leurs espoirs, mais surtout leurs profondes inquiétudes.
Une anxiété qui gagne tous les camps
« Personne ne dort plus ! On est anxieux, super anxieux ! » Sur une place de Rio de Janeiro où Lula s’apprête à lancer une marche festive, Breno plaisante avec son ami, mais son sourire cache mal sa nervosité. Il croit à la victoire, mais redoute les conséquences d’un retour de l’extrême droite au pouvoir. « Ce serait la libération de Jair Bolsonaro, estime-t-il. Le retour des Bolsonaro, c’est un risque pour la démocratie, avec de fortes chances de voir renier les droits de ceux qui en ont le plus besoin. »
Rodrigo, lui, s’inquiète pour la souveraineté du Brésil : « En cas de retour du groupe de Flávio Bolsonaro au pouvoir, la crainte est de devenir une arrière-cour des États-Unis. On voit bien comment l’extrême droite grandit au Brésil et dans le monde entier, c’est très important cette élection, on se doit d’être la dernière lumière d’Amérique du Sud. »
Scandales et fake news : une campagne sous tension
Scandale de corruption, orgies avec des prostituées, liens avec des criminels : rien ne semble compromettre la popularité de l’aîné des Bolsonaro, soupire Anielle Franco, ancienne ministre du gouvernement Lula. « Les élections sont toujours difficiles, mais c’est vrai que les fausses nouvelles dominent trop souvent ici. Mais je pense qu’on est bien en place pour l’emporter », veut-elle croire.
Dans ce climat délétère, la désinformation joue un rôle majeur. Les deux camps s’accusent mutuellement de manipuler l’opinion, et les réseaux sociaux sont devenus un champ de bataille où se propagent rumeurs et théories du complot. Une guerre informationnelle qui alimente encore un peu plus l’anxiété générale.
« Au nom de Dieu, nous allons vaincre »
De l’autre côté de la ville et de l’échiquier politique, Rosalia n’aurait manqué pour rien au monde le dernier événement de campagne de Flávio Bolsonaro, un défilé de motos dans la zone ouest de Rio. Elle y croit dur comme fer. Elle ne peut, de toute façon, pas imaginer quatre ans de plus sous Lula : « Au nom de Dieu, nous allons vaincre, comme dans les autres pays d’Amérique latine. Lula a déjà fait trois mandats, pourquoi il en veut un quatrième ? Il n’y a que les dictatures qui se perpétuent comme ça. »
Pour Fabio, il faut l’élection du fils pour poursuivre le travail du père : « Jair a fait confiance à son aîné, donc on lui fait confiance. S’il nous avait dit de voter pour un chien, on l’aurait fait. Mais on ne peut pas rester avec l’autre bandit, ce voleur, sinon, c’est la fin de la ligne pour le Brésil et les Brésiliens. »
Une élection qui se joue sur la peur
Dans cette élection très incertaine, c’est la peur qui risque de décider les votes, plus que l’adhésion. Alors qu’aucun troisième candidat fort n’a émergé, Lula comme Flávio Bolsonaro ont tous deux une petite chance de l’emporter dès le premier tour. Un scénario qui ajoute encore à la fébrilité générale.
Les observateurs internationaux sont nombreux à s’inquiéter des conséquences d’un tel scrutin pour la démocratie brésilienne. Les craintes d’ingérences étrangères, notamment américaines, sont également très présentes dans les esprits. Dans les rues de Rio, comme dans tout le pays, les électeurs attendent le verdict des urnes avec une impatience mêlée d’effroi.
Un pays suspendu au résultat
Quel que soit le résultat, cette élection laissera des traces. La polarisation extrême de la société brésilienne, attisée par des années de tensions politiques, ne semble pas près de s’apaiser. Les partisans de Lula redoutent un retour de l’extrême droite et un recul des droits sociaux. Ceux de Flávio Bolsonaro craignent une continuation de la gauche au pouvoir et une supposée dérive autoritaire.
Dans ce contexte, la nuit risque d’être longue pour des millions de Brésiliens. Beaucoup ne dormiront pas, suspendus au dépouillement des bulletins de vote. Une chose est sûre : l’issue de ce scrutin déterminera non seulement l’avenir du Brésil, mais aussi sa place sur la scène internationale.
Cette élection présidentielle brésilienne restera marquée par une anxiété palpable dans les deux camps. Entre espoir et peur, les électeurs de Lula et de Flávio Bolsonaro attendent un résultat qui pourrait redessiner l’avenir politique du pays pour les années à venir.




