Saint-Ouen-l’Aumône : la famille du lycéen blessé au visage porte plainte pour tentative d’homicide volontaire

Saint-Ouen-l'Aumône: Family of Injured Teen Files Complaint

La famille d’Eden, 14 ans, le lycéen grièvement blessé au visage lundi 28 septembre à Saint-Ouen-l’Aumône (Val-d’Oise) lors du blocus du lycée Château d’Epluches, a annoncé samedi 3 octobre son intention de porter plainte pour « tentative d’homicide volontaire » et « violences volontaires avec arme commises par des personnes dépositaires de l’autorité publique sur un mineur de moins de quinze ans ». L’information a été communiquée par Maître Elsa Marcel, l’avocate du jeune homme, dans un communiqué transmis à la presse.

Des blessures graves et irréversibles

Selon l’avocate, Eden a été touché à la tête « par le tir d’un lanceur de grenade lacrymogène » alors qu’il se trouvait aux abords de son établissement scolaire. Le bilan médical établi à l’hôpital de Pontoise fait état de blessures particulièrement sévères : « une double fracture de la mâchoire, la totalité des dents du haut sont cassées et il lui manque quatre dents en bas », avait détaillé Maître Elsa Marcel dans un premier communiqué publié quelques jours après les faits.

Ces lésions, qui nécessiteront de lourdes interventions chirurgicales et des soins dentaires prolongés, témoignent de la violence du projectile reçu en pleine face. L’adolescent, scolarisé en classe de troisième, participait au mouvement de blocage des lycées qui agitait alors de nombreux établissements en France.

Deux enquêtes judiciaires ouvertes

Le parquet de Pontoise avait annoncé dès le 28 septembre l’ouverture de deux enquêtes distinctes afin de faire toute la lumière sur cette affaire. La première, confiée à l’Inspection générale de la Police nationale (IGPN), porte spécifiquement sur le tir effectué par le fonctionnaire de police. La seconde concerne les faits de violences qui auraient été commis par le lycéen sur une autre policière, survenus juste avant le tir.

Selon les éléments communiqués par le parquet, les événements se sont déroulés vers 10h30 ce lundi matin, alors qu’un blocus était organisé devant l’enceinte du lycée. « Un lycéen venait au contact d’une fonctionnaire de police, cheffe d’unité. Des premiers éléments recueillis et résultant de l’exploitation d’images, le mineur portait des coups à cette fonctionnaire qui le repoussait », précise le parquet dans son communiqué.

« Le mineur tombait à terre et un second policier présent faisait usage de son lanceur dit « Cougar » et tirait sur le lycéen qui recevait un projectile au niveau du visage. Il était transporté au centre hospitalier de Pontoise et présentait des dents cassées », poursuit le ministère public. Ces éléments, issus notamment de l’exploitation des images de vidéosurveillance et de vidéos amateur, devront être confirmés par les investigations en cours.

Une affaire qui relance le débat sur l’usage de la force

Cette affaire intervient dans un contexte de tension autour du mouvement de blocage des lycées, qui a donné lieu à de nombreux incidents à travers le pays. L’usage du lanceur de grenades lacrymogènes de type « Cougar », une arme de force intermédiaire conçue pour disperser des attroupements, est régulièrement critiqué par les organisations de défense des droits humains lorsqu’il est employé à courte distance ou visé vers des personnes.

Le tir direct au visage d’un mineur de quatorze ans soulève des questions sur les conditions d’emploi de ces armements et sur le respect du principe de proportionnalité de la force, inscrit dans le code de déontologie de la police nationale. La plainte déposée par la famille d’Eden pour tentative d’homicide volontaire constitue une qualification pénale lourde, qui devra être étayée par les conclusions des enquêtes.

L’avocate du jeune homme, Maître Elsa Marcel, n’a pas précisé la date exacte du dépôt de plainte, mais a indiqué que celui-ci interviendrait dans les prochains jours auprès du parquet compétent. La famille entend ainsi obtenir que toute la lumière soit faite sur les circonstances exactes du drame et que les responsabilités individuelles soient établies.

Un adolescent entre deux procédures

La situation juridique d’Eden est doublement complexe. D’une part, il est victime présumée d’un tir policier qui lui a causé des blessures graves. D’autre part, il est mis en cause dans la seconde enquête pour des violences qu’il aurait exercées sur une fonctionnaire de police avant le tir. Cette dualité des procédures illustre la difficulté à établir un récit univoque des faits dans un contexte de confrontation entre forces de l’ordre et jeunes manifestants.

Les investigations devront notamment déterminer si le jeune homme représentait encore une menace au moment où le second policier a fait usage de son arme, alors qu’il se trouvait au sol selon le récit du parquet. La chronologie précise des événements, appuyée par l’analyse des images disponibles, sera déterminante pour l’issue judiciaire de l’affaire.

Ce qu’il faut retenir

La famille d’Eden, adolescent de 14 ans grièvement blessé au visage par un tir de grenade lacrymogène lors du blocus de son lycée à Saint-Ouen-l’Aumône, porte plainte pour tentative d’homicide volontaire et violences avec arme par dépositaire de l’autorité publique sur mineur. Deux enquêtes ont été ouvertes par le parquet de Pontoise : l’une confiée à l’IGPN sur le tir policier, l’autre sur les violences que le lycéen aurait commises sur une policière juste avant. Les blessures d’Eden – double fracture de la mâchoire et perte de plusieurs dents – témoignent de la gravité de l’incident, qui relance le débat sur l’usage des armes de force intermédiaire face à de jeunes manifestants.

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