Qui n’aime pas le vert évitera cette balade. Les autres se perdront avec délice sous les grands chênes de la forêt de Saint-Germain-en-Laye, à la recherche de cabanes, de clairières, et même d’un château. Avant de découvrir Poissy et son riche passé. Cette étape de la Ceinture verte d’Île-de-France relie deux villes chargées d’histoire sur 15,5 kilomètres, entre sous-bois majestueux et bords de Seine.
Maisons-Laffitte, la cité du cheval
Figé au triple galop, avec ses 3,5 tonnes de muscles saillants, il nous accueille, totem de bronze et d’inox. Sans préambule, la statue de Ptolémée dévoile la spécificité de Maisons-Laffitte : c’est la cité du cheval, forte de son hippodrome et de son centre d’entraînement. Qu’il fait bon flâner dans les artères arborées de cette ville à l’héritage impérial, où naquit Cocteau, et observer ses villas de caractère en pierres meulières.
Creusant ce riant tissu urbain, un sentier s’élance comme un prélude aux bois, majeure partie de cette étape. Le château de Maisons, chef-d’œuvre architectural du Grand Siècle signé François Mansart, mérite à lui seul le détour avant de gagner la forêt.
Un bain méditatif dans toutes les nuances de vert
Me voici dans ce refuge sacré, la forêt de Saint-Germain-en-Laye, avec ses 3 500 hectares et ses 54 kilomètres de sentiers. Le cœur ravi, prête à ce grand bain méditatif dans toutes les nuances de vert, qu’illuminent çà et là les rayons du soleil. Sous l’architecture fine de sa canopée, cette forêt de grands chênes dévoile ses larges allées sablonneuses, son plan en étoile aménagé pour la chasse par François Ier.
Au tempérament forcément imposant de cette forêt domaniale répond, en pied-de-nez, la modestie malicieuse de nombreuses cabanes et autres tipis de bric et de branches, repaires d’enfants, d’aventuriers, de poètes… de rois ? Après avoir cheminé longtemps, croisé clairières et routes bitumées, me voici justement devant une très, très grosse cabane — disons un petit château : la maison du Val, en pierres calcaires jaunes, reconvertie en hôtel de luxe.
À l’origine modeste relais de chasse d’Henri IV, Louis XIV le transforma en coquet refuge forestier et relativement intime, loin des pressions protocolaires de la Cour, imaginé par un tout jeune architecte : Mansart. Quittant cette demeure, le promeneur foule une partie du sentier botanique, en dix stations. Durant toute cette balade, alternent futaies de robustes chênes séculaires et bouquets de jeunes pousses frêles.
Plusieurs générations d’arbres se succèdent ici, laissant deviner les ravages subis, notamment lors de la tempête de 1999. Sur les rives de la très planante mare aux Canes, poche de biodiversité, s’impose cette urgence : la nécessité absolue de protéger ces oasis de verdure face aux aléas climatiques.
Poissy, un tourbillon d’histoires
Retour à la civilisation : Poissy, et son tourbillon merveilleux d’histoires. Voici son prieuré, construit par Philippe le Bel au XIVe siècle, énorme couvent de cent vingt dominicaines, « très doux paradis où l’on est tout d’oiseaux estourdis », selon la poétesse Christine de Pisan. De cet édifice, démoli après la Révolution, subsistent une grange, un fragment d’enceinte et ses tours, le parc et la porterie, qui abrite aujourd’hui le musée du Jouet.
Plus loin se dresse la maison du peintre Ernest Meissonier (1815-1891), ancien maire de la ville, qui immortalisa Poissy en une poignée de toiles. Sans oublier l’ingénieuse maison de Fer (1896, Joseph Danly), fascinant jeu de Meccano grandeur nature, détruite par la tempête de 1999 avant de renaître en 2020.
Puis vient le clou du spectacle : la merveilleuse collégiale Notre-Dame, où fut baptisé Saint Louis en 1214, restaurée par Viollet-le-Duc au XIXe siècle. Comment ne pas admirer sa silhouette aux deux clochers, et rêvasser devant ses fantastiques et improbables gargouilles ?
Les bords de Seine et la mémoire des impressionnistes
La fin du périple se déroule en bord de Seine, surveillée par de rocambolesques maisons de villégiature, dont certaines signées Théophile Bourgeois, avec leurs loggias, jeux de briques et pans de bois. Ici venaient se ressourcer Maupassant, Turner, Pissarro, Monet, Vlaminck. Tout un monde englouti qui ressurgit à l’ancien pont de Poissy (XIIIe siècle), détruit en 1944, dont il ne reste que les piles et quelques arches.
Le restaurant L’Esturgeon, repaire d’artistes et de poètes, en surplomb, témoigne de cette histoire. À l’horizon, le fleuve file doux.
Informations pratiques
- Départ : gare de Maisons-Laffitte (78), RER A, ligne L.
- Arrivée : gare de Poissy (78), RER A, ligne J.
- Distance : 15,5 km, environ 3h50 de marche.
- À visiter : château de Maisons, villa Savoye de Le Corbusier, maison de Fer, musée du Jouet, collégiale Notre-Dame.
- Où manger : restaurant gastronomique L’Esturgeon, vue Seine, menu des impressionnistes à 44 €.
Cette étape de la Ceinture verte d’Île-de-France offre un condensé rare de nature préservée et de patrimoine historique. Entre les chênes centenaires de Saint-Germain-en-Laye et les trésors architecturaux de Poissy, le marcheur traverse huit siècles d’histoire française sans jamais quitter la région parisienne.


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