Guerre en Ukraine : comment le conflit s’invite dans les élections législatives en Lettonie

Ukraine War Looms Over Latvia's Parliamentary Elections

Les citoyens lettons sont appelés aux urnes ce samedi pour renouveler les cent députés de la Saeima, la chambre unique du Parlement. Parmi les enjeux majeurs de ce scrutin figure la sécurité, dans un pays qui partage sa frontière avec la Russie et la Biélorussie et qui subit de plein fouet les répercussions de la guerre en Ukraine.

Des incursions de drones qui ont fait chuter le gouvernement

Ces derniers mois, avec la multiplication des attaques de drones entre les belligérants ukrainiens et russes, la Lettonie a subi de fréquentes incursions d’aéronefs sans pilote dans son espace aérien. Les forces militaires lettonnes et la police du ciel de l’OTAN doivent être souvent déployées en urgence pour intercepter ces engins.

Le 7 mai 2026, deux drones ukrainiens, probablement détournés via un système russe de brouillage, se sont écrasés en Lettonie orientale. L’un d’entre eux a touché un site de stockage de pétrole, provoquant un incendie rapidement éteint. Cet épisode a déclenché une crise politique majeure. La Première ministre Evika Silina a aussitôt déclaré que le ministre de la Défense avait « perdu sa confiance et celle du public ». Andris Spruds, universitaire et chercheur en politique étrangère représentant le parti Progressiste, centre-gauche, social-démocrate et vert, a immédiatement démissionné.

Quatre jours plus tard, c’est l’ensemble du gouvernement qui a été contraint à la démission. Le nouveau Premier ministre, Andris Kulbergs, membre de l’Union des Verts et des Paysans, centriste et agraire, a été nommé le 28 mai. Il a placé à la Défense un militaire de carrière, le colonel Raivis Melnis, signe de la priorité accordée à ce dossier.

La sécurité, préoccupation numéro un des Lettons

La sécurité constitue le grand sujet de ce gouvernement et de la campagne électorale. Face à la Russie et à la Biélorussie, la Lettonie, aux côtés de ses voisins estonien et lituanien, travaille à la création d’une « ligne de défense balte ». Il s’agit de fortifications physiques comprenant des bunkers, des obstacles antichars et d’autres installations défensives le long des frontières orientales.

Le 22 septembre, le nouveau Premier ministre a annoncé que la France avait accepté d’ouvrir avec Riga des discussions sur sa participation à la dissuasion nucléaire avancée. Un signal fort pour un pays qui cherche à renforcer ses garanties de sécurité auprès de ses alliés occidentaux.

Aujourd’hui, l’importance de la défense du pays fait consensus parmi les grands partis démocratiques. Tous s’accordent sur la nécessité de consacrer près de 5 % du PIB à la défense nationale, un niveau exceptionnel parmi les pays de l’OTAN.

La tentation de la manipulation de la minorité russophone

Cependant, la Lettonie doit composer avec son importante minorité russophone, composée de Russes et d’Ukrainiens, qui représente environ un quart de la population du pays. Moscou n’a de cesse de tenter de l’instrumentaliser à des fins de déstabilisation.

La Lettonie a fait passer des réformes ces dernières années pour limiter au maximum ces tentatives. La fin de l’enseignement en langue russe uniquement, ou encore l’imposition du letton dans les médias et les services publics, illustrent cette volonté de réduire l’influence russe sur son territoire. Les services secrets lettons se méfient d’une petite minorité agissante, jugée capable de mener des actions hostiles.

La montée d’un parti d’extrême droite russophone

Surfant sur les conséquences de la guerre en Ukraine, le parti d’extrême droite russophone « Pouvoir souverain – Jeunes lettons » semblerait gagner des voix. La formation séduit particulièrement en Latgale, à l’est de la Lettonie, une région pauvre et frontalière de la Biélorussie et de la Russie.

Dans cette zone, l’électorat s’inquiète des difficultés économiques et du coût de l’aide apportée à l’Ukraine. Cette défiance envers les politiques gouvernementales profite à des formations qui promettent de défendre les intérêts des russophones et de réduire le soutien à Kiev.

Face à ces risques, les services de sécurité lettons ont intensifié leur surveillance en pleine campagne. Désinformation, cyberattaques et tentatives d’ingérence étrangère figurent parmi les menaces identifiées par les autorités, qui redoutent une opération de déstabilisation avant le scrutin.

Un scrutin sous haute tension

Les élections législatives lettones se déroulent donc dans un contexte particulièrement tendu, où la guerre en Ukraine, la menace russe et les questions de défense occupent une place centrale. Le vote de ce samedi devrait confirmer la détermination de la Lettonie à renforcer sa sécurité et à maintenir son cap pro-occidental, tout en mesurant la profondeur des fractures au sein de sa population russophone.

Pour les observateurs internationaux, ce scrutin constitue un test important pour la cohésion d’un pays balte en première ligne face à Moscou. Le résultat des urnes déterminera la capacité de Riga à poursuivre ses réformes et à maintenir l’unité nationale dans un environnement géopolitique de plus en plus dangereux.

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