À quelques mois du premier tour de l’élection présidentielle, le dossier des retraites s’impose à nouveau comme l’un des principaux clivages de la campagne. La présentation, mardi 29 septembre, du projet d’Édouard Philippe, qui propose de porter progressivement l’âge de départ à 65 ans et la durée de cotisation à 45 annuités, a relancé le débat. À gauche, tous les candidats s’accordent sur l’abrogation de la réforme Borne de 2023, suspendue en 2025. À droite et au centre, la majorité plaide pour une réforme paramétrique, souvent assortie d’une dose de capitalisation. Tour d’horizon des positions.
À gauche, l’abrogation de la réforme Borne comme socle commun
Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise) défend le « droit à la retraite à 60 ans ». Lors du débat organisé par le Medef, il a prôné un départ « dans un premier temps à 62 ans », puis « le plus vite possible » à 60 ans pour 40 années de cotisation. « Le temps libre des retraités, c’est du travail civique, du temps familial. Ce n’est pas du temps perdu », a-t-il plaidé lors de son premier meeting à Saint-Denis. Les Français pourraient travailler au-delà de l’âge légal s’ils le souhaitent, et un départ à 60 ans sans tous ses trimestres serait possible, avec une pension calculée au prorata des cotisations. Son programme de 2022 prévoyait de porter le minimum vieillesse au niveau du seuil de pauvreté et toutes les pensions d’une carrière complète au moins au niveau du smic.
Marine Tondelier (Les Écologistes) veut « abroger » la réforme Borne. « On revient mécaniquement à 62 ans en un trait de plume », a-t-elle expliqué sur franceinfo début septembre. Elle conserve l’objectif d’un retour à 60 ans, en priorité pour ceux qui ont commencé à travailler tôt ou exercent un métier pénible. Sur le financement, elle souligne que le déficit du régime est « stable jusque 2030 » selon le Comité d’orientation pour les retraites, et propose de revenir sur une partie des exonérations de cotisations patronales : « Il y a 77 milliards d’exonérations, il suffit qu’on en prenne 10%. »
Raphaël Glucksmann (Place publique), candidat à la primaire socialiste, défend également la suppression de la réforme Borne, tout en reconnaissant que « le système est fragilisé et doit être réformé ». Il propose de ne plus se focaliser sur l’âge légal, de créer un Haut Conseil du pilotage des retraites et de « porter un plan pour accroître le nombre de cotisants », notamment via une meilleure insertion des seniors. Son rival dans la primaire, Olivier Faure, soutient la même abrogation et un retour à 62 ans, « en distinguant le nombre d’annuités cotisées selon la pénibilité des métiers ».
Au centre et à droite, l’allongement de la durée du travail
Gabriel Attal (Renaissance) propose de changer de logiciel : supprimer l’âge légal et instaurer un système « universel, libre et productif » où seule la durée de cotisation compterait, avec décote et surcote. « Vous partez très tôt, vous avez très peu. Vous partez plus tard, vous avez plus », a-t-il résumé fin août sur BFMTV. Il souhaite y ajouter une part de capitalisation, suggérant le versement par l’État de 1 000 euros à chaque nouveau-né sur un fonds dédié.
Édouard Philippe (Horizons) a dévoilé mardi 29 septembre son projet : porter progressivement la durée de cotisation à 45 ans et l’âge de départ à 65 ans « pour les Français qui le peuvent ». Il revendique une réforme « responsable pour tous et juste pour chacun » permettant de « retrouver l’équilibre de notre système par répartition ». Le maire du Havre, qui traînait l’étiquette de la « retraite à 67 ans » depuis 2021, assume désormais une cible à 65 ans, avec un gain estimé à 30 milliards d’euros en année pleine. Il ne touche pas à l’âge d’annulation de la décote (67 ans) et assure qu’« un Français sur trois pourra partir avant 65 ans, entre 60 et 64 ans », notamment ceux qui ont commencé tôt ou exercent des métiers pénibles. Il propose enfin de « compléter » la répartition par un volet capitalisation obligatoire et collectif, ainsi que la généralisation du plan d’épargne-retraite, amorcé par l’État à hauteur de 500 euros à la signature du premier contrat de travail.
Bruno Retailleau (Les Républicains) veut instaurer un âge minimal de départ à 63 ans pour une carrière complète (43 années de cotisation), avec une décote de 7 % par an, et un départ à taux plein automatique à 65 ans, contre 67 actuellement. Il prévoit des exceptions liées à la pénibilité, à négocier avec les partenaires sociaux, et veut indexer l’âge du taux plein sur l’espérance de vie. Objectif affiché : « sauver la retraite par répartition et faire 40 milliards d’économies en cumulé sur cinq ans ». Il défend aussi une capitalisation « pour les jeunes », représentant à terme « 25 à 30 % des retraites » des nouveaux entrants sur le marché du travail, afin d’éviter le rachat des entreprises françaises par des fonds étrangers.
À l’extrême droite, des lignes divergentes
Marine Le Pen (Rassemblement national) souhaite un départ à 62 ans, voire 60 ans pour ceux qui ont travaillé « avant 20 ans » et cotisé 40 ans. Elle propose des incitations pour que les seniors ayant leurs trimestres puissent continuer à travailler, en supprimant pour eux les cotisations retraite et chômage. Elle chiffre sa réforme à « 9 milliards d’euros en année pleine », un montant que l’Institut Montaigne estimait entre 23 et 38 milliards. « C’est un choix de société », assume-t-elle.
Éric Zemmour (Reconquête) se démarque nettement, jugeant que « le système par répartition est mort et condamné, il n’y a pas assez d’enfants » pour le financer. Il propose de repousser l’âge légal à « 64 voire 65 ans » et se dit favorable à une transition progressive vers la capitalisation. « Il fallait faire les fonds de pension en 86. On va progressivement mettre de la capitalisation et sortir de la répartition, mais je reconnais que ça va prendre très longtemps », conclut-il.
Un clivage structurant pour 2027
Le paysage des propositions dessine deux blocs clairs : à gauche, l’abrogation de la réforme Borne et un retour à 60 ou 62 ans, financé par des recettes nouvelles ou la réduction des exonérations ; au centre et à droite, l’allongement de la durée du travail, couplé pour plusieurs candidats à une dose de capitalisation. Entre ces pôles, l’âge de départ, la durée de cotisation et le financement restent les trois variables d’ajustement d’un système que tous reconnaissent sous tension. À quelques mois du scrutin, les retraites s’annoncent comme l’un des principaux points de confrontation de la campagne présidentielle.


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