Le pape Léon XIV achève sa tournée en France par une étape à Metz, ce lundi 28 septembre. Un choix qui a surpris plus d’un observateur, alors que la plupart des pronostics tablaient sur Paris, Lourdes ou Strasbourg. Mais derrière cette décision se cache une symbolique forte, celle d’une ville marquée par les guerres et devenue un symbole de la réconciliation européenne.
Une idée soufflée au Vatican
L’idée d’un passage à Metz ne date pas d’hier. Selon Mgr Philippe Ballot, évêque de Metz, elle a été suggérée directement au souverain pontife lors d’une rencontre au Vatican en janvier dernier. « Auprès de lui, j’ai évoqué les trois guerres traversées par notre territoire, les annexions, le fait que d’anciens pays ennemis soient devenus frères… Ou encore la figure de Robert Schuman », a-t-il confié dans une interview accordée à La Croix le 12 septembre.
Une proposition qui a immédiatement trouvé un écho favorable auprès de Léon XIV. Le pape américain souhaitait consacrer une partie de son voyage français à l’Union européenne et à la paix, deux thèmes chers au Vatican. « Le Saint-Siège a, depuis le début, toujours été très intéressé et bienveillant envers la construction européenne », rappelle Sébastien Maillard, conseiller spécial de l’Institut Jacques Delors, dans Le Pèlerin du 14 août.
Robert Schuman, figure centrale du déplacement
Pour évoquer la paix et l’Europe, Léon XIV aurait pu se rendre à Strasbourg, comme l’ont fait Jean-Paul II et François avant lui. Mais le pape a préféré s’éloigner des institutions officielles pour revenir « à l’esprit fondateur de l’Union et remonter à la source du projet européen ».
Et qui dit construction européenne dit Robert Schuman. L’ancien avocat à Metz et député de Moselle fut l’un des pères fondateurs de l’Union européenne. Un homme dont le parcours incarne à lui seul les blessures et la reconstruction d’un continent. En juin 2021, il a été déclaré « vénérable » par le pape François, première étape vers une éventuelle canonisation.
La Moselle, département traversé par trois conflits majeurs – la guerre de 1870-1871, puis les deux guerres mondiales –, constitue un terreau symbolique puissant. « On se souvient encore tant, ici, des souffrances traversées par les familles de Lorraine – on pourrait associer l’Alsace – et des régions frontalières en Allemagne ; aujourd’hui, nous sommes amis », souligne Mgr Ballot.
Cette dimension historique a convaincu le Saint-Père. « Sa parole devrait être marquée par cela », prédit l’évêque de Metz. Le programme officiel annonce d’ailleurs un discours intitulé « Aux racines de l’Europe pour la paix et l’unité ».
Metz, l’un des plus anciens diocèses de France
Au-delà de sa portée européenne, Metz possède une profondeur historique religieuse qui justifie pleinement cette visite. Fondée vers 280 par Saint-Clément, l’Église de Metz est l’une des plus anciennes de France, comme le rappelle le diocèse sur son site officiel.
Le programme de cette journée bien remplie comprend plusieurs temps forts :
- Une messe célébrée dans la cathédrale Saint-Étienne, dont la capacité a été élargie grâce à un espace extérieur permettant d’accueillir jusqu’à 12 000 personnes.
- Une rencontre interreligieuse avec les représentants des différentes confessions.
- Un discours consacré à l’Europe et à la paix.
- Une déambulation en papamobile à travers les rues de la ville.
L’affluence attendue témoigne de l’engouement suscité par ce déplacement. « Nous avons une estimation d’affluence autour de 40 000 à 100 000 personnes pour l’ensemble de la journée. Cela montre combien l’enthousiasme autour du voyage du pape s’est prolongé jusqu’en province ! », se réjouit Mgr Ballot.
Un message tourné vers l’avenir de l’Europe
À travers ce choix de Metz, Léon XIV adresse un signal clair. En préférant une ville frontalière, autrefois déchirée par les conflits, aux institutions bruxelloises ou strasbourgeoises, le pape entend replacer l’humain et la mémoire au cœur du projet européen. Un discours qui devrait résonner bien au-delà des frontières de la Moselle.
Cette dernière journée française s’inscrit dans la continuité d’un voyage où le pape a multiplié les gestes symboliques. Après Paris, Saint-Denis et Lourdes, Metz vient clore une visite placée sous le signe du dialogue et de la réconciliation.
Le passage de Léon XIV à Metz rappelle ainsi que la construction européenne ne repose pas uniquement sur des traités, mais aussi sur des territoires et des mémoires partagées. En choisissant cette ville des confins, le souverain pontife envoie un message d’unité à un continent qui en a plus que jamais besoin.


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