Emmanuel Macron a annoncé, lors de son interview jeudi soir sur France 2 et TF1, l’acheminement de plusieurs moyens militaires français à destination du site stratégique de Yanbu, en Arabie saoudite, pour protéger cette infrastructure pétrolière essentielle. Cette décision intervient dans un contexte de guerre au Moyen-Orient déclenchée en février par une attaque des États-Unis et d’Israël sur l’Iran, dont les répercussions continuent d’ébranler l’économie mondiale.
Quelle est la situation en Arabie saoudite ?
Les hostilités ont repris en juillet après plusieurs années d’accalmie entre les houthis du Yémen et l’Arabie saoudite, alliée du gouvernement yéménite reconnu internationalement. Les rebelles pro-iraniens ont récemment pris le contrôle de l’ensemble du littoral ouest du Yémen sur la mer Rouge, renforçant leur emprise sur le détroit de Bab el-Mandeb, situé sur la route maritime reliant l’Asie à l’Europe via le canal de Suez.
Le conflit a largement ébranlé l’économie mondiale, notamment en raison des restrictions imposées par Téhéran dans le détroit d’Ormuz, par lequel transitait avant la guerre un cinquième des hydrocarbures mondiaux. En représailles aux bombardements américano-israéliens, l’Arabie saoudite et ses voisins du Golfe ont été à plusieurs reprises visés par des drones et missiles iraniens.
L’Arabie saoudite, premier exportateur mondial de brut, est désormais fragilisée dans le détroit de Bab el-Mandeb, où les houthis imposent un blocus à ses navires et ciblent ses installations pétrolières sur la côte donnant sur la mer Rouge. Le 19 septembre, les combattants houthis ont lancé de nouvelles attaques contre Riyad et Khamis Mushait, ville du sud-ouest hébergeant une importante base aérienne. Les forces armées saoudiennes ont affirmé avoir intercepté des drones et des missiles balistiques tirés depuis le Yémen.
À la tribune de l’ONU, le ministre des Affaires étrangères saoudien, Fayçal ben Farhane, a déclaré que « la stabilité de cette région vitale est directement liée à la sécurité énergétique mondiale », estimant que la communauté internationale avait fait preuve de « manquements quand elle aurait dû assumer ses responsabilités ».
Pourquoi le port de Yanbu est-il si stratégique ?
Principal terminal saoudien sur la mer Rouge, le port de Yanbu est relié aux régions pétrolifères du royaume, situées près du Golfe, par l’oléoduc Est-Ouest, également connu sous le nom de Petroline. Le port et l’oléoduc ont joué un rôle crucial depuis le début de la guerre au Moyen-Orient fin février pour l’acheminement de brut et de produits pétroliers, notamment vers les marchés européens, permettant à l’Arabie saoudite de contourner le détroit d’Ormuz.
Selon les informations du Figaro, le site permet de faire transiter environ 5 millions de barils d’or noir par jour, et jusqu’à 7 millions de barils par jour lorsqu’il est poussé au maximum de ses capacités. Les cargaisons de pétrole brut chargées à Yanbu peuvent passer par le détroit de Bab el-Mandeb en direction de l’Inde et du reste de l’Asie, ou remonter vers le nord de la mer Rouge en direction de l’Égypte, rappelle le cabinet spécialisé Rystad Energy auprès de l’AFP.
Mais le port, qui abrite d’importantes installations de stockage et de raffinage de pétrole, est la cible depuis juillet de frappes menées par les houthis. Ces derniers ont notamment visé des infrastructures du géant pétrolier saoudien Aramco.
Rystad a calculé qu’une interruption d’un mois des chargements à Yanbu priverait le marché mondial de l’exportation d’environ 78 à 120 millions de barils, une « perturbation importante » mais qui pourrait être absorbée en mobilisant d’autres sources d’approvisionnement. Au bout de trois mois, ce sont 230 à 360 millions de barils qui seraient menacés.
Qu’a annoncé Emmanuel Macron ?
Le chef de l’État a annoncé l’envoi de « moyens militaires » pour protéger le site de Yanbu. « C’est la discussion que nous avons finalisée avec les Saoudiens. Nous allons envoyer des moyens militaires, c’est-à-dire des soldats, des radars, des systèmes de défense pour protéger ce site, pas nous engager dans quelque conflit », a explicité Emmanuel Macron. « On se met en situation de protéger ce site », a résumé le chef de l’État, ajoutant qu’il allait réunir les pays du G7 pour libérer les stocks de pétrole.
Selon Jean-Pierre Favennec, consultant spécialiste du pétrole et du gaz, interrogé par Le Figaro, l’aide française doit « à la fois aider à remettre en état l’oléoduc, ainsi que les stations de pompage attaquées, mais aussi à les protéger des futures attaques ».
Dimanche, sur le plateau de l’émission « Franc-jeu » sur France 2, Jean-Noël Barrot, ministre des Affaires étrangères, a livré quelques précisions. Il a assuré que ces moyens militaires seraient employés « de manière strictement défensive », affirmant que la France « n’est pas cobelligérante » dans le conflit.
Comment cette annonce a-t-elle été accueillie en France ?
L’annonce du chef de l’État a suscité une vive réaction des oppositions, notamment de la part de La France insoumise et du Rassemblement national. « Ce n’est pas la bonne idée, ce n’est pas la bonne voie », a critiqué sur BFMTV le 25 septembre le député RN Sébastien Chenu. Le vice-président de l’Assemblée nationale a estimé que « c’est prendre un certain nombre de risques que nous ne voulons pas prendre parce que nous n’avons pas d’accords de défense qui nous lient et qui font de l’Arabie saoudite un partenaire ». Il a aussi assuré que Riyad avait « déjà des accords de défense avec la Turquie et le Pakistan ». « Pourquoi ne se tournent-ils pas vers leurs partenaires naturels ? », a-t-il questionné.
La gauche radicale a formulé elle aussi de virulentes critiques. « Emmanuel Macron veut envoyer des moyens militaires sur un théâtre de guerre, en Arabie saoudite. Pour y faire quoi ? Que ferions-nous, si nous étions frappés ? À terme, même si nous ne le voulions pas, nous deviendrions belligérants », a fustigé Jean-Luc Mélenchon sur X le 25 septembre. « Nous devons en débattre au Parlement, comme le prévoit l’article 35 de la Constitution. Nous nous y opposerons. »
L’article de la Constitution auquel fait référence le leader insoumis dispose que « la déclaration de guerre est autorisée par le Parlement ». Et de poursuivre : « Le Gouvernement informe le Parlement de sa décision de faire intervenir les forces armées à l’étranger, au plus tard trois jours après le début de l’intervention. Il précise les objectifs poursuivis. Cette information peut donner lieu à un débat qui n’est suivi d’aucun vote. »
Interrogé sur ce point sur France 2, Jean-Noël Barrot a assuré qu’un débat au Parlement aurait « nécessairement » lieu. « Nous aurons mille occasions de débattre de ces questions », a-t-il dit, rappelant au passage qu’Emmanuel Macron avait déjà reçu les représentants des candidats à la présidentielle pour leur fournir « des informations détaillées ».
Une décision aux implications multiples
L’annonce d’Emmanuel Macron intervient dans un contexte de tensions extrêmes au Moyen-Orient, où la sécurité des infrastructures pétrolières est devenue un enjeu majeur pour l’économie mondiale. Le site de Yanbu, essentiel pour le contournement du détroit d’Ormuz, représente un maillon stratégique de l’approvisionnement énergétique international.
Si le gouvernement français insiste sur le caractère strictement défensif de cette intervention, l’opposition s’inquiète d’un risque d’engrenage et réclame un débat parlementaire. Cette décision illustre la complexité des choix auxquels sont confrontés les dirigeants face à un conflit aux ramifications mondiales, où la protection des intérêts économiques se conjugue avec les impératifs de sécurité et les contraintes politiques intérieures.


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