C’est un rebondissement judiciaire majeur dans l’une des affaires qui a le plus marqué l’opinion publique française ces dernières années. Ce vendredi 25 septembre 2026, la justice a renvoyé onze suspects devant la cour d’assises des mineurs de la Drôme pour le meurtre de Thomas Perotto, survenu en novembre 2023 à Crépol, avec la circonstance aggravante de racisme, ont confirmé deux sources proches du dossier à l’AFP.
Parmi ces onze personnes renvoyées, l’une était mineure au moment des faits, ce qui explique la saisine de la juridiction pour mineurs. Un douzième individu sera quant à lui jugé pour des violences volontaires avec arme. Ces informations, d’abord révélées par BFMTV, ont été corroborées par les sources contactées par l’Agence France-Presse.
Un procès pas attendu avant plusieurs mois
Compte tenu des voies de recours encore ouvertes aux mis en cause, le procès ne devrait pas se tenir avant de nombreux mois. L’affaire avait donné lieu à la mise en examen de quatorze jeunes hommes au total. Deux d’entre eux ont finalement bénéficié d’un non-lieu, réduisant le nombre de personnes effectivement renvoyées devant la juridiction criminelle.
Le dossier, particulièrement complexe, s’est heurté à une forte « loi du silence » qui a considérablement entravé le travail des enquêteurs. Selon les sources proches du dossier, l’instruction n’a pas permis d’établir avec certitude lequel des accusés avait porté le coup mortel au jeune rugbyman de 16 ans, frappé à la fin du bal d’hiver du petit bourg drômois.
Le concept de « scène unique » retenu par les juges
Face à cette impossibilité d’identifier précisément l’auteur du geste fatal, les juges d’instruction ont choisi de retenir le concept pénal de « scène unique ». Ce mécanisme juridique permet de juger l’ensemble des membres d’un groupe pour un même crime, au motif qu’ils ont tous participé aux violences ayant conduit au drame. Cette approche vise à éviter que l’absence d’identification de l’auteur direct ne fasse obstacle à toute condamnation.
Le dossier a connu des revirements notables sur la question de la circonstance aggravante de racisme. Celle-ci avait été initialement retenue à la fin du mois de juillet, avant que le parquet de Valence ne la conteste le 17 août dernier. Dans son réquisitoire, le ministère public estimait alors que les témoignages faisant état de propos racistes étaient « minoritaires », « imprécis et parfois contradictoires ».
Le parquet soulignait également qu’aucun témoin n’était en mesure d’attribuer ces propos à l’un des mis en cause, ce qui ne permettait pas, selon lui, de retenir cette circonstance aggravante. Les juges ont finalement pris une décision inverse.
Des témoignages évoquant des propos racistes
La décision des magistrats repose sur les déclarations d’une vingtaine de témoins qui affirment avoir entendu des propos explicitement racistes lors des faits. Parmi ces phrases rapportées figurent notamment : « on est là pour planter des Blancs » ou encore « sale Français de merde ». Ces éléments ont conduit les juges à retenir la circonstance aggravante de racisme, alourdissant ainsi les peines encourues par les accusés.
L’affaire de Crépol avait profondément bouleversé l’opinion publique française. Le décès de Thomas Perotto, jeune joueur de rugby de 16 ans, lors d’une fête de village, avait déclenché une vague d’émotion nationale et relancé les débats sur la sécurité en milieu rural ainsi que sur les tensions communautaires dans le pays.
Une affaire aux multiples ramifications judiciaires
Le renvoi devant les assises marque une étape décisive dans ce dossier, même si le chemin judiciaire reste encore long. Les avocats des mis en cause devraient examiner attentivement les termes de l’ordonnance de renvoi avant de décider des éventuels recours à exercer. La tenue du procès, qui s’annonce très attendu, permettra enfin aux parties civiles d’obtenir des réponses sur les circonstances exactes du drame.
Cette affaire illustre également la difficulté pour la justice de reconstituer les responsabilités individuelles dans les violences collectives, où la solidarité du groupe et la loi du silence compliquent l’établissement des faits. Le recours au concept de « scène unique » constitue une réponse juridique à cette problématique, permettant de ne pas laisser impunis des actes commis en groupe.
En définitive, onze suspects seront donc jugés pour le meurtre de Thomas Perotto avec la circonstance aggravante de racisme, tandis qu’un douzième comparaîtra pour violences volontaires avec arme. Le procès, qui ne devrait pas se tenir avant plusieurs mois, constituera un moment judiciaire crucial pour une affaire qui a profondément marqué la France. La décision des juges de retenir le caractère raciste des faits, malgré les réserves exprimées par le parquet, constitue l’élément central de ce renvoi aux assises.




