Mort d’un étudiant à Compiègne : les parents portent plainte pour bizutage et homicide involontaire

French Student Dies After Hazing Ritual; Parents Sue

Lukas Banyai, 18 ans, est décédé le 23 août dernier, quelques heures après avoir participé à une soirée de pré-intégration organisée en marge de l’Université de technologie de Compiègne (UTC). Ses parents, Cinzia et Lazlo Banyai, ont déposé plainte contre X pour bizutage, homicide involontaire et non-assistance à personne en danger. Une enquête a été ouverte par le parquet de Compiègne.

Une soirée qui tourne au drame

Tout commence par ce qui devait être un week-end d’intégration festif, organisé en dehors de l’enceinte de l’université. Selon les vidéos consultées par les parents, deux équipes d’étudiants s’affrontent lors de défis arrosés d’alcool. Sur l’une des séquences, Lukas, tout juste âgé de 18 ans, est sommé de boire une canette de bière d’une seule traite. Il n’y parvient pas. D’autres étudiants lancent alors : « Punition, punition ! »

Une autre vidéo montre le jeune homme contraint d’ingérer un liquide non identifié et des aliments répugnants. « On a vu qu’il a dû manger des choses dégoûtantes », témoigne son père, Lazlo, cité par nos confrères de France Inter. « Manger du piment, boire de l’alcool… On veut savoir ce qui lui est arrivé, que sa mort serve au moins à quelque chose. Qu’on arrête ces soirées de bizutage ! Tout le monde sait que ça se fait mais on ferme les yeux. Jusqu’à ce qu’il y ait un drame. »

Pour sa mère, Cinzia, le constat est sans appel : « Pour moi, c’est une soirée de bizutage. Mon fils venait d’avoir 18 ans, il avait un an d’avance, il intègre une école qui est prestigieuse, jamais je n’aurais imaginé qu’il y avait de telles pratiques. »

Un retour à domicile avant le drame

Après la soirée, Lukas rentre chez lui, conscient. C’est au cœur de la nuit qu’il appelle le Samu. Transporté à l’hôpital de Compiègne, il décède quelques heures plus tard. Le parquet précise que des analyses toxicologiques sont en cours pour déterminer les causes exactes du décès. Les premières constatations ont d’ores et déjà permis d’exclure toute intervention d’un tiers.

La direction de l’UTC affirme ne pas avoir été informée de l’organisation de cette soirée. Elle a mis en place une cellule psychologique pour accompagner les étudiants et le personnel. Interrogé, l’hôpital de Compiègne indique ne pas être « en mesure de communiquer sur une prise en charge individuelle », tout en se tenant « à disposition de la famille, de la justice et du service de police compétent pour transmettre toute information qui pourrait s’avérer utile à éclaircir les circonstances de ce drame ».

Les parents s’interrogent également sur la prise en charge de leur fils aux urgences. L’enquête a été confiée au service local de police judiciaire du commissariat de Compiègne. Selon la procureure, des auditions ont déjà eu lieu.

« En matière de bizutage, il n’y a pas de consentement »

L’affaire relance le débat sur les pratiques d’intégration dans les grandes écoles. Une étudiante de 20 ans à l’UTC, membre du syndicat Solidaires étudiants, témoigne anonymement sur France Inter : « Il y a des soirées de pré-intégration qui se passent le week-end avant l’intégration », et elles sont « connues pour leur caractère choquant ». « On y incite les gens à boire de l’alcool, il y a de la nourriture avariée, de la nourriture pour animaux. » Elle évoque même un épisode survenu en 2024 : « Il y a même eu une personne qui avait vomi et dû boire son vomi. »

Ces faits, dit-elle, ont été signalés à une responsable de la vie associative de l’UTC, qui aurait assuré être déjà au courant et avoir pris les mesures nécessaires. « Mais il n’y a aucun changement apparent qui a été constaté », déplore l’étudiante.

Me Valérie Bloch, avocate des parents et membre du comité national contre le bizutage, pointe la responsabilité collective : « On a entendu les parents de Lukas dire qu’ils portaient la chose de manière publique pour que ça ne se reproduise pas. Tous les parents à chaque fois disent ça. Tous les jeunes qui sont victimes de drame lors de bizutage disent ça. Et ça continue de se produire en dehors des établissements, donc tout le monde s’en lave les mains. »

« Si l’ensemble des institutions sanctionnaient, et de manière extrêmement ferme, l’organisation de tels événements, ils ne se reproduiraient pas », estime-t-elle.

La présidente du comité national contre le bizutage rappelle de son côté une réalité juridique fondamentale : « En matière de bizutage, il n’y a pas de consentement. C’est un délit, on ne peut pas vous demander d’être d’accord avec un délit, ce n’est pas possible. » Certains organisateurs font pourtant signer une sorte d’« accord pour être bizuté », une pratique dépourvue de valeur légale. Le bizutage est interdit par la loi depuis 1998.

Ce qu’il faut retenir

La mort de Lukas Banyai, 18 ans, survenue après une soirée de pré-intégration à Compiègne, a conduit ses parents à déposer plainte pour bizutage, homicide involontaire et non-assistance à personne en danger. Alors que les analyses toxicologiques se poursuivent pour établir les causes du décès, l’affaire met en lumière l’ampleur persistante de pratiques d’intégration violentes, souvent organisées en marge des établissements, et l’absence de consentement valable face à un délit interdit depuis près de trente ans.

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