Une décision qui ne passe pas. Lors de son discours à la tribune de l’ONU ce mercredi 23 septembre, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a vivement critiqué la France, accusée d’avoir fait pression à Bruxelles pour lever les sanctions contre l’oligarque russe Alicher Ousmanov, un proche de Vladimir Poutine, en échange de la libération d’un ressortissant français détenu en Azerbaïdjan.
Un échange diplomatique controversé
Après d’âpres discussions entre les membres de l’Union européenne, les noms de deux milliardaires russes ont été retirés de la liste des personnalités sous sanctions, mardi 22 septembre. Quelques heures plus tard, Martin Ryan, emprisonné depuis près de trois ans, a été gracié par le président azerbaïdjanais.
Cette séquence diplomatique a provoqué l’indignation du président ukrainien, qui a profité de la tribune onusienne pour exprimer son mécontentement. « Quand quelqu’un dans le monde affaiblit les sanctions contre les oligarques russes, cela peut rendre la vie plus confortable pour les Russes riches, mais cela donne aussi plus de temps à la guerre, plus de temps à Poutine. […] Les revenus de la Russie doivent donc rester une cible », a-t-il martelé devant l’assemblée générale des Nations unies.
La stratégie russe du financement de la guerre
Face à cet engrenage, le président ukrainien a rappelé l’objectif central de la stratégie occidentale. « Notre cible, c’est la capacité de la Russie à financer cette guerre, à la prolonger, à la rendre plus brutale et plus destructrice », a-t-il souligné.
Volodymyr Zelensky a également dénoncé le comportement systématique de Moscou face aux initiatives diplomatiques. « Quand la Russie a de l’argent, elle dit toujours non, non à la diplomatie, et c’est aussi une forme de veto contre la paix, pas un droit officiel, mais bien réel », a-t-il déclaré.
Le président ukrainien avait déjà exprimé sa position la veille, en marge d’une rencontre avec la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen. « Les guerres se terminent grâce à la détermination et à la force, pas par des concessions à l’entourage de l’agresseur », avait-il alors dénoncé.
Poutine, « patient zéro » d’une guerre qui se propage
Le président ukrainien a ensuite alerté contre la « folie » de Vladimir Poutine, interpellant la communauté internationale sur le sort des dizaines de milliers de soldats de 47 pays, dont la Corée du Nord, envoyés auprès des soldats russes.
« Y a-t-il encore quelqu’un pour penser qu’il est raisonnable et modéré ? », a-t-il poursuivi devant les représentants des nations. Il a par contraste fait état de deux soldats nord-coréens faits prisonniers par l’Ukraine et qui ont été envoyés en Corée du Sud.
« Il est le patient zéro, celui à partir duquel cette idée de guerre ne cesse de se propager », a lancé Volodymyr Zelensky, désignant explicitement le maître du Kremlin comme la source du conflit qui déstabilise l’ordre international.
Un appel à maintenir la pression sur Moscou
Du haut de la tribune de l’ONU, le président ukrainien a exhorté ses alliés à maintenir les sanctions contre Moscou, présentant cette politique comme la seule manière de couper le robinet du financement de la guerre.
Cette prise de position intervient dans un contexte de tensions croissantes entre Kiev et certains de ses partenaires européens, qui cherchent des solutions diplomatiques pour obtenir la libération de leurs ressortissants détenus à l’étranger, parfois au prix d’aménagements sur le front des sanctions.
La sortie du président ukrainien illustre la difficulté pour les alliés de l’Ukraine de maintenir un front uni face à la Russie, alors que les intérêts nationaux de chacun peuvent entrer en contradiction avec l’objectif commun d’affaiblir l’économie russe et sa capacité à poursuivre l’effort de guerre.
Une position française embarrassante
Pour Paris, cette séquence diplomatique représente un exercice d’équilibre délicat. La France, qui s’est positionnée comme l’un des soutiens les plus fermes de l’Ukraine depuis le début de l’invasion russe, se retrouve accusée d’avoir contribué à affaiblir le régime de sanctions européen contre Moscou.
Le gouvernement français n’a pas immédiatement réagi aux propos du président ukrainien, mais cette affaire pourrait peser sur les relations bilatérales entre Paris et Kiev, ainsi que sur la cohésion européenne en matière de politique de sanctions contre la Russie.
Cette controverse soulève également des questions plus larges sur l’efficacité et la pérennité du régime de sanctions occidentales, dont l’unité est régulièrement mise à l’épreuve par les intérêts divergents des États membres de l’Union européenne.
Ce qu’il faut retenir
Le discours de Volodymyr Zelensky à l’ONU marque une escalade rhétorique notable contre la France, accusée d’avoir sacrifié une partie du régime de sanctions contre les oligarques russes pour obtenir la libération d’un ressortissant français. En désignant Vladimir Poutine comme le « patient zéro » d’une guerre qui se propage, le président ukrainien cherche à maintenir la pression internationale sur Moscou, alors que l’unité des alliés de l’Ukraine apparaît de plus en plus fragilisée par les intérêts nationaux divergents. Cette passe d’armes diplomatique illustre la tension croissante entre impératifs humanitaires et stratégie de sanction dans la réponse occidentale à l’agression russe.


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