Medvedev qualifie le Rassemblement national de parti « russophobe » après sa fermeté face à Moscou

Medvedev Brands French RN Party 'Russophobic'

Le Rassemblement national a-t-il définitivement tourné la page de sa proximité avec Moscou ? C’est en tout cas la lecture qu’en fait l’ancien président russe Dmitri Medvedev. Lundi 21 septembre, celui qui occupe désormais les fonctions de secrétaire adjoint du Conseil de sécurité russe a affirmé voir dans le parti de Marine Le Pen une formation désormais « russophobe » qui soutient les « nazis à Kiev ». Une sortie qui acte, dans les mots du pouvoir russe, la rupture entre le RN et le Kremlin.

Une charge directe sur le réseau social X

C’est par un message laconique publié sur X que Dmitri Medvedev a réagi aux prises de position récentes du Rassemblement national. « Apparemment, le parti de [Marine] Le Pen est maintenant un parti européen ordinaire : russophobie et soutien aux nazis à Kiev », a écrit l’ancien chef de l’État russe, connu pour ses déclarations régulièrement outrancières à l’égard des capitales occidentales.

La formule reprend l’argumentaire martelé par le Kremlin depuis le début de l’invasion de l’Ukraine en février 2022, qui consiste à présenter le pouvoir de Kiev comme un régime « nazi » pour justifier l’agression militaire russe. Une rhétorique que Moscou réserve habituellement aux dirigeants européens les plus critiques, et qu’il applique désormais à une formation longtemps considérée comme un relais d’influence en Europe.

Le Kremlin adopte un ton plus mesuré

Face à la sortie de Dmitri Medvedev, le porte-parole de la présidence russe s’est montré nettement plus prudent. « La Russie ne menace personne, ne fait de chantage à personne. Et nous sommes donc catégoriquement en désaccord avec de telles déclarations, nous ne les acceptons pas », a déclaré Dmitri Peskov lors de son briefing téléphonique quotidien avec la presse.

Cette divergence de ton illustre la difficulté du Kremlin à digérer la nouvelle ligne affichée par le Rassemblement national. Dmitri Peskov s’en est pris directement au contenu du communiqué publié par le parti français, refusant les accusations portées par Marine Le Pen et Jordan Bardella. Le porte-parole a ainsi rejeté en bloc l’idée que Moscou puisse recourir à l’intimidation ou à la déstabilisation à l’égard de la France.

Le RN dénonce les saisies d’actifs russes

La charge de Dmitri Medvedev intervient trois jours après la publication, samedi, d’un communiqué commun signé par Marine Le Pen et le président du Rassemblement national, Jordan Bardella. Les deux responsables y condamnent la saisie, en Russie, des actifs de filiales d’entreprises occidentales, citant notamment les cas de Nestlé ou d’Auchan.

Dans ce texte, le RN affirme que Moscou ne peut « espérer dicter directement ou indirectement la politique » de la France « par l’intimidation, la menace, la déstabilisation ou la pression psychologique ». Les deux dirigeants ajoutent qu' »aucune provocation, aucune opération clandestine et aucune action de déstabilisation ne sauraient conduire la France à faciliter l’obtention par la Russie de ses buts de guerre en Ukraine ».

Ces déclarations marquent un contraste saisissant avec les positions historiquement défendues par le parti d’extrême droite. Pendant des années, Marine Le Pen a cultivé une proximité assumée avec Vladimir Poutine, défendu l’annexion de la Crimée en 2014 et plaidé pour un rapprochement stratégique avec Moscou. La guerre en Ukraine, puis les multiples ingérences russes documentées en Europe, ont progressivement conduit le RN à infléchir son discours.

Un repositionnement aux enjeux électoraux

Ce revirement s’inscrit dans une stratégie de normalisation engagée de longue date par le Rassemblement national, soucieux de gommer son image de parti inféodé à des puissances étrangères. À l’approche d’échéances électorales majeures, la formation entend apparaître comme un parti de gouvernement crédible, capable de tenir un discours de fermeté sur la scène internationale.

La réaction du Kremlin vient toutefois rappeler que ce repositionnement n’est pas sans conséquence. En qualifiant le RN de « parti européen ordinaire », Dmitri Medvedev acte la fin d’une relation privilégiée et range désormais la formation française dans le camp des adversaires. Un basculement que Moscou semble avoir du mal à accepter, comme en témoigne la mise en cause directe du contenu du communiqué par le porte-parole du Kremlin.

Une rupture consommée avec Moscou

Pour le Rassemblement national, cette passe d’armes publique constitue paradoxalement une forme de validation. En s’attirant les foudres de l’ancien président russe, Marine Le Pen et Jordan Bardella peuvent revendiquer une indépendance nouvelle à l’égard de Moscou, argument utile face aux critiques récurrentes de leurs adversaires politiques sur leur supposée complaisance passée.

Reste à savoir si cette fermeté s’inscrira dans la durée. Les liens tissés pendant des années entre le parti français et les milieux dirigeants russes, les financements passés et les positions historiques restent des points de vulnérabilité que le Kremlin pourrait être tenté d’exploiter. Mais pour l’heure, la rupture semble consommée : Moscou ne considère plus le RN comme un allié, et le RN revendique désormais de ne plus l’être.

En définitive, la sortie de Dmitri Medvedev sonne comme la confirmation officielle d’un divorce entamé depuis plusieurs années entre le Rassemblement national et le pouvoir russe. Loin de fragiliser le parti français, cette charge pourrait au contraire servir sa stratégie de dédiabolisation, en lui offrant la preuve publique qu’il n’est plus le relais d’influence que Moscou espérait avoir en France. La fermeté affichée par Marine Le Pen et Jordan Bardella, désormais actée par la réaction courroucée du Kremlin, marque une étape symbolique dans la recomposition des alliances politiques européennes.

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