Près de trois décennies après la sortie du film original, « Les Ensorceleuses » revient sur grand écran ce 9 septembre avec une suite très attendue. Réunissant à nouveau Nicole Kidman et Sandra Bullock, « Les Ensorceleuses 2 » devait raviver la flamme d’un classique adoré des fans. Hélas, ce long-métrage de 105 minutes, réalisé par Susanne Bier, s’avère être une déception majeure : une œuvre longue, fade et dépourvue de l’enchantement qui faisait le charme de son prédécesseur. Un constat d’autant plus amer qu’il nous a surtout donné envie de boire une « midnight margarita » pour oublier ce que l’on venait de voir.
Un scénario d’une simplicité déconcertante
Adapté du roman d’Alice Hoffman « Le Grimoire des Ensorceleuses », le scénario de cette suite est d’une simplicité confondante. On retrouve Gillian et Sally Owens, désormais quinquagénaires. La première, toujours aussi excentrique et insouciante, papillonne d’homme en homme en usant de sa magie sans retenue. La seconde, mère de deux jeunes femmes, a quant à elle totalement renoncé à ses pouvoirs depuis la mort tragique de son mari. Dans sa volonté de protéger ses filles, elle a choisi de leur cacher leur héritage sorcier et la malédiction familiale qui pèse sur elles.
Tout bascule lorsque le petit ami de l’une d’elles, Kylie (Joey King), est victime d’un grave accident. En découvrant la vérité sur ses origines, la jeune femme décide de tout tenter pour briser cette malédiction centenaire. Sa mère et sa tante se lancent alors à sa poursuite, épaulées par un mystérieux sorcier couvert de tatouages, interprété par un acteur dont le charisme peine à percer à l’écran.
Un retour aux sources qui n’opère pas
Pour les inconditionnels du film de 1998, véritable doudou cinéphile ressorti chaque année à l’approche d’Halloween, il faut bien admettre que quelques éléments « réconfortants » subsistent. La magnifique demeure en bois blanc et sa serre luxuriante, véritables personnages à part entière du premier opus, sont de retour et offrent de superbes cartes postales. On retrouve également avec un plaisir certain, du moins au début, la complicité palpable entre Nicole Kidman et Sandra Bullock, qui fonctionne toujours à l’écran. La douce folie de Gillian répond à l’humour sarcastique de Sally, et l’on ne peut s’empêcher de sourire en entendant la chanson « Coconut » d’Harry Nilsson. Mais ce sentiment de nostalgie s’estompe rapidement, car au-delà de ces clins d’œil, la magie n’opère tout simplement pas.
Des personnages secondaires sacrifiés
Le principal problème de cette suite réside dans le traitement de ses personnages. Kylie et Antonia, les deux jeunes sorcières incarnées par Joey King et Maisie Williams, sont cruellement sous-exploitées. Elles ne disposent que de très peu de temps d’écran, particulièrement le personnage effacé de Maisie Williams, réduit à une simple silhouette. Dans ces conditions, il leur est impossible d’instaurer une sororité touchante ou de tisser un lien authentique avec les spectateurs. Même Lee Pace, pourtant formidable dans « Fondation », manque cruellement de substance dans un rôle de sorcier qui aurait mérité bien plus de profondeur.
Les effets spéciaux et les sortilèges, élément central de tout film de sorcellerie, s’avèrent également décevants. Les enchantements paraissent faciles, sans réelle inventivité ni enjeu, comme si la production avait cherché à économiser ses effets sans comprendre ce qui faisait la saveur de l’original.
Une réalisation datée
Il est également difficile de passer sous silence certains choix de réalisation de Susanne Bier, qui semblent appartenir à une autre époque. Certaines scènes évoquent irrésistiblement de vieux épisodes de la série « Charmed », avec ses codes visuels datés et ses transitions téléphonées. Tout ce qui relevait sans doute d’une tentative de reproduire le charme kitsch du premier film tombe à plat, transformant la nostalgie en un exercice laborieux et sans saveur.
Le rythme du film n’aide pas non plus : les 105 minutes semblent s’étirer inutilement, et l’on attend vainement le moment où l’histoire prendra enfin son envol. La tension narrative, essentielle pour maintenir l’intérêt du spectateur, n’est jamais véritablement installée.
Le syndrome des suites inutiles
S’il faut trouver un intérêt à « Les Ensorceleuses 2 », c’est celui de nous rappeler, si cela était encore nécessaire, qu’il est grand temps d’arrêter de toucher aux films cultes dix, vingt ou trente ans après leur sortie. Peut-être qu’une formule magique existe pour réussir parfaitement une suite, mais Hollywood ne l’a visiblement pas encore mise au point. Cette nouvelle déception s’inscrit dans une longue liste de suites et de reboots qui, au lieu de rendre hommage à leurs prédécesseurs, en ternissent l’image.
En définitive, « Les Ensorceleuses 2 » est une occasion manquée. Les fans de la première heure ressortiront déçus de ce retour à l’écran, tandis que les nouveaux venus peineront à comprendre l’engouement suscité par le film original. Une seule recommandation : pour préserver la magie de vos souvenirs, laissez le premier film dans votre cœur et évitez soigneusement cette suite. La véritable sorcellerie, celle qui opère encore, demeure intacte dans la version de 1998.


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