Texas, terrain de bataille inattendu : Trump mobilise ses troupes face à la poussée démocrate

Trump's Texas Convention Reveals High Stakes for Midterms

C’est dans le « Lone Star State » que Donald Trump a choisi d’organiser une convention républicaine qui débute ce mercredi 9 septembre, à quelques semaines des élections de mi-mandat où la Maison Blanche joue gros. Le célèbre dicton américain « Tout est plus grand au Texas » s’applique désormais aux enjeux électoraux, alors que l’État, longtemps perçu comme un fief acquis aux Républicains, pourrait bien devenir le théâtre d’une surprise politique majeure.

Un État conservateur soudainement indécis

La décision de la Maison Blanche de tenir sa convention au Texas n’a rien d’anodin. Elle traduit une inquiétude grandissante au sein du camp présidentiel, alors que les Démocrates espèrent arracher quatre sièges au Sénat pour prendre le contrôle de la Chambre haute. Parmi ces cibles, un siège texan fait particulièrement trembler les trumpistes.

« À deux exceptions près depuis 1938, c’est le parti d’opposition qui a toujours gagné les élections de mi-mandat », rappelle Marie-Christine Bonzom, politologue et journaliste spécialiste des États-Unis, interrogée par Le HuffPost. « Le parti démocrate est donc ici favori, d’autant que Donald Trump est un président très impopulaire, à un niveau d’ailleurs similaire à certains de ses prédécesseurs juste avant des midterms », poursuit cette experte qui a couvert tous les scrutins de mi-mandat depuis 1994.

Les derniers sondages expliquent en partie ce sentiment d’urgence. Un sondage CBS News donne le démocrate James Talarico 2,4 points devant son rival républicain Ken Paxton. Si la moyenne des enquêtes d’opinion, jugée plus fiable, nuance ce résultat en montrant une course très indécise, la convention républicaine sur place est clairement perçue comme un moyen de peser sur le scrutin.

Un candidat républicain « vulnérable » face à un démocrate en embuscade

Pour appuyer la campagne du radical Ken Paxton, il faudra du poids. Ce dernier a battu lors des primaires républicaines le sénateur sortant, nettement plus consensuel. « C’est un candidat très vulnérable », décrit Barry Eidlin, professeur de sociologie politique à l’université McGill. Celui-ci souligne qu’il est « très associé à Donald Trump », à un moment où le président est « en grande difficulté dans les sondages ».

« Ken Paxton traîne un lourd bagage, marqué par des scandales personnels et des affaires de corruption », abonde Marie-Christine Bonzom, selon qui « ce bagage est inacceptable aux yeux de certains électeurs républicains ». L’experte le qualifie même de « très mauvais candidat » qui « fait à peine campagne », soulignant le contraste avec son concurrent démocrate.

James Talarico, lui, mène une campagne tambour battant, sur le terrain, à la télévision et sur les réseaux sociaux. « Par bien des aspects », notamment son discours à la gauche de l’establishment démocrate, il « est éloigné de la culture texane et du conservatisme profond d’une partie des électeurs, y compris démocrates », relève Marie-Christine Bonzom. Mais l’aspirant sénateur a vu son équipe « essayer de l’humaniser, de souligner qu’il vient d’une vieille famille texane, que son grand-père est pasteur baptiste, etc. »

La « Sunbelt » : nouvel eldorado électoral

L’effervescence démocrate au Texas pourrait bien devenir la norme. Outre-Atlantique, l’énergie et les moyens des partis se concentrent sur les élections qui s’annoncent plus serrées, comme en témoignent les fameux « swing states » scrutés à chaque présidentielle. Suivant ce schéma, et compte tenu du prix des campagnes au Texas, les Démocrates ne s’y sont pas toujours investis, privilégiant d’autres scrutins jugés plus rentables.

Mais cette stratégie va atteindre ses limites avec le recensement de la population prévu pour 2030. Ce « census » est scruté de près par les partis, car l’évaluation de la population par État débouche sur un rééquilibrage des sièges à la Chambre des représentants et, de facto, des grands électeurs pour la présidentielle. Plusieurs estimations projettent un recul des sièges dans des États solidement démocrates – quatre sièges en moins en Californie, deux à New York et un ou deux dans l’Illinois – tandis que les « red states » en gagnent. L’Idaho récupérerait ainsi un siège, la Floride trois ou quatre et le Texas quatre.

En cause, des « migrations internes » aux « facteurs multiples », selon Marie-Christine Bonzom. « Les gens préfèrent vivre au soleil, d’où l’afflux de populations vers la Géorgie ou la Floride », décrit-elle. « Il y a aussi des facteurs économiques : la vie est par exemple très chère en Californie, mais beaucoup moins en Floride, où les taxes et les impôts locaux sont très bas. » À l’arrivée, « un véritable exode » s’observe, notamment vers le Texas.

Un défi « existentiel » pour les Démocrates

Ce rééquilibrage d’habitants et d’élus coûtera cher aux Démocrates, notait l’éditorialiste Thomas B. Edsall dans un article paru fin mars dans le New York Times. Pour la présidentielle de 2032, le parti ne pourra pas espérer l’emporter en se contentant des « blue states » et de succès dans le Midwest, comme l’avait fait Joe Biden en 2020.

C’est en tout cas ce qu’espèrent certains stratèges du parti comme Steve Schale, basé en Floride, qui alertait sur un risque « existentiel » dans sa newsletter le 24 mars dernier. Il y préconisait de commencer dès maintenant à investir dans certains États et districts dominés par les Républicains. « Il va falloir que le parti démocrate aille chercher plus de votes dans ces régions qui vont devenir clés dans les prochaines années », confirme Barry Eidlin.

D’après le professeur de l’Université McGill, la tâche pourrait s’avérer difficile, notamment au Texas, où la bascule démocrate est fantasmée depuis des années, mais jamais réalisée. « Ça fait une décennie qu’on parle de mouvements démographiques qui pourraient aider les Démocrates, mais ces nouvelles voix ne sont pas acquises », alerte-t-il. En 2024, Donald Trump avait su convaincre une partie des Latinos, avant d’en braquer certains avec sa politique migratoire brutale.

Autre enjeu de taille : le charcutage électoral pratiqué par les deux partis, mais qui tourne à l’avantage des Républicains dans les États qu’ils contrôlent. Ces redécoupages de districts se sont même accélérés au cours des derniers mois, en amont des midterms. Au Texas, le « Grand Old Party » s’est ainsi sécurisé cinq sièges supplémentaires à la Chambre des représentants.

Une élection test pour l’avenir politique américain

La convention républicaine au Texas incarne bien plus qu’un simple meeting politique : elle symbolise les mutations profondes qui redessinent la carte électorale américaine. Entre la vulnérabilité d’un candidat trumpiste, l’émergence d’une opposition démocrate dynamique et les bouleversements démographiques annoncés, ce scrutin de mi-mandat pourrait bien révéler les nouvelles dynamiques qui façonneront les présidentielles à venir. Le Texas, autrefois bastion républicain inexpugnable, s’impose désormais comme le laboratoire d’une Amérique en pleine recomposition politique.

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